En 2007 le premier album du duo MGMT, Oracular Spectacular, les a propulsés au rang de phénomènes indés. Composé d’Andrew VanWyngarden et de Ben Goldwasser, le duo s’est formé à l’université, alors qu’ils étudiaient la musique. Oracular Spectacular et Little Dark Secret, leur dernier album sorti en 2018, ont été produits par Dave Fridmann, connu pour son travail avec les Flaming lips, une influence majeure pour le duo.
Le son du groupe oscille entre enfantin et pop classique, avec des arrangements de synthétiseur inhabituels. Leurs sons les plus reconnaissables sont des leads de synthé clairs et staccato, des basses lourdes et des arrangements faussement orchestraux.
Plongeons-nous dans les synthés de trois des chansons de leur premier album, ‘Time To Pretend », « Electric feel », et « Kids » et voyons comment le groupe et Fridmann s’y prennent pour mixer et créer un son si ample.
La chanson « Electric Feel » est composée d’un lead de synthé très doux et d’un accompagnement disco. Il existe des vidéos du groupe pendant l’enregistrement de la chanson, où on les voit utiliser un Wurlitzer 200A, un Yamaha CS-60 et un Korg Mono/Poly pour la partie synthé principale. En live, le groupe utilisait un Moog Little Phatty Stage II, plus adapté à la scène, pour recréer ce son, on utilisera donc le VST Arturia Mini V, une émulation du classique Minimoog, pour créer ce patch.
Ce lead utilise une onde triangulaire qui adoucit le son ainsi qu’un filtre fermé et d’enveloppes courtes pour un son plus riche. Ouvrez l’Arturia Mini V et créez un patch avec deux oscillateurs en forme d’onde triangulaires, l’une accordée une octave plus haute que l’autre, et detunez légèrement la seconde. Abaissez entièrement le cutoff et réglez le contour (le taux d’enveloppe) sur 2. Réglez l’enveloppe avec une attaque de 376ms, le decay vers 700ms et le sustain sur 6, qui recréera l’effet fade in/fade out. Passez le tout dans un long delay e une reverb pour ajouter de l’espace au patch.
La partie Wurlitzer peut être recréée sur l’Arturia Wurlitzer V, qui possède un large choix de sons de Wurlitzer. La partie est noyée dans le mix, où elle sert à colorer le son. Le patch de base sonne très bien, et vous pouvez y ajouter de la compression et de l’EQ pour couper les extrêmes aigus et graves pour qu’il ne prenne pas trop de place dans le mix.
« Kids » est d’abord sorti sur l’EP de 2004, We (Don’t) Care, réenregistré pour l’EP Time To Pretend, et une troisième fois avec Fridmann sur Oracular Spectacular. La chanson se base sur un lead de synthé rejoint par une grosse basse fuzzy et des accords saturés.
La ligne de basse est faite de sauts d’octaves, classique du disco, jouée sur un synthé saturé. Encore une fois avec l'Arturia Mini V, réglez les oscillateurs sur une onde en dents de scie en 16’ et une rectangulaire (celle tout à droite) au volume 10, et une onde carrée en 32’, volume réglé sur 2, ajoutant des subs.
Vérifiez que le voyant de clipping tout à droite est activé, ça créera un effet de distorsion. Abaissez le cutoff sur 1 et passez le patch dans un overdrive ou une distorsion pour plus de mordant.
Les accords de « Kids » ont un son métallique qui utilise des ondes carrées, et le pulse width pour plus de clarté. Pour ce faire, j’ai utilisé l’Arturia Prophet V, une excellente émulation du légendaire Prophet.
Ces synthés sont polyphoniques et très connus pour leur sonorité, et MGMT a utilisé un Dave Smith Instruments Prophet 12 en live. Dans l’Arturia Prophet V, réglez les deux oscillateurs sur une onde carrée, le fine tuning du B positionné sur O%, et le PW sur 0.05. Le cutoff doit être réglé sur 3h et la résonance sur 10h ; cela filtrera les aigües.
Le lead de « Kids » est la partie principale de la chanson, et la mélodie simple est jouée rappelle le son des orgues pour enfant. Pour programmer ce patch avec l’Arturia Mini V, utilisez deux oscillateurs, en 8’, l’un en onde rectangle serrée et l’autre en triangle. Puis, réglez le volume de l’oscillateur rectangulaire sur 3 pour bien mélanger les deux.
Pour affiner le son tout en gardant sa clarté, réglez le cutoff sur 1 (1950Hz) et l’emphase sur 6. Laissez l’enveloppe ouverte pour un sustain infini. L’EQ et la saturation sont le secret de ce son, ajoutez donc un low-cut vers les 800Hz pour filtrer quelques graves, et ajoutez de la saturation.
Les ondes triangulaires peuvent être poussées plus loin que les autres avant de saturer, n’ayez pas peur de mettre une grosse saturation pour un son qui ressort bien. J’ai utilisé Soundtoys Decapacitor avec le gain réglé sur 6 et le tone à la moitié.
Le groupe se confie sur l’écriture et l’enregistrement de « Time To Pretend » dans cet épisode de Song Explorer. Dans cet épisode, ils parlent de leur usage de synthé virtuels de Reason, ainsi que de l’inspiration qu’ont été les « très bons faux instruments d’orchestre samplés ».
Le lead ressemble à celui de « Kids » et peut aussi se faire sur Arturia Mini V. Réglez l’oscillateur 1 sur une onde en dents de scie, l’oscillateur 2 sur une onde carrée, les deux en 8’, et l’oscillateur 3 en dents de scie une octave plus haute.
Maintenant, ajoutez le vibrato. Pour ce faire, il faut ouvrir l’interface d’extension pour accéder à la section modulation. Dans cette section, réglez le LFO comme source allant vers le VCO123 FM, le pitch des 3 oscillateurs, et réglez l’amount sur 0.0139. Maintenant, dans la section LFO, réglez la vitesse sur 10.74Hz pour un vibrato rapide mais léger.
Pour créer la basse lourde des couplets, on utilisera le chorus intégré de l’Arturia Mini V, situé également dans l’interface d’extension, tout comme la distorsion. Pour le patch de base, utilisez une onde rectangulaire sérrée en 32’, 16’ et 8’ avec tous les volumes réglés sur 10. Coupez les basses les plus extrêmes, mais réglez le cutoff sur 2 et l’emphase sur 2.
Dans la section effets, allumez le Chorus et réglez le mix sur 40%, et la profondeur sur 0.35. Passez le tout dans une distorsion pour salir le son, puis un simulateur d’ampli pour la couleur. J’ai utilisé Soundtoys Devil-Loc Deluxe avec les réglages BassEdgy Mix, et les Amps d’Ableton réglés sur basse, le mix réglé à 15%.
La majeure partie du son MGMT vient du mixage du producteur Dave Fridmann, qui utilise des EQ agressifs et beaucoup de distorsion. C’est un son qu’il a peaufiné en travaillant sur des albums des Flamming Lips comme The Soft Bulletin et Yoshimi Battles The Pink Robots, et ces albums sont en grande partie la raison qui a poussé MGMT à choisir Fridmann.
Pour reproduire ce son, utilisez des hi-cuts et des low-cuts pour placer chaque piste dans son spectre sonore. Beaucoup de leads occupent une fenêtre très étroite dans le mix, avec chaque extrême filtré. Bien que cela rende ces parties étroites, elles se démarquent malgré tout dans le mix.
Utilisez la technique des EQ agressifs et de la légère distorsion, ou du ré-enregistrement via des haut-parleurs. Cela permettra aux VST de sonner plus « réels », et donnera plus de clarté au mix. Enfin, le tout est très compressé pour ajouter de la dynamique. N’ayez pas peur d’expérimenter, et fiez-vous toujours à vos oreilles pour déterminer ce qui fonctionne le mieux.
À propos de l'auteur: Dan Carr est le patron de Reverb Machine, un site internet dédié à l'exploration des "merveilles des synthétiseurs et de la production". Visitez son site pour plus d'analyses d'utilisations de synthés et de techniques de production de grands artistes.