7 amplis à rééditer de toute urgence

Le boom des amplis boutique, apparu dans les années 90, est né de l’envie de recréer des amplis à lampes tels qu’on les fabriquait dans les années 50 et 60. Témoins du succès de nombreux fabricants indépendants, de grandes marques telles que Fender, Vox et Marshall ont rapidement décidé de lancer, elles aussi, leurs propres rééditions.

Cependant, de nombreux amplis remarquables ne sont toujours pas sortis des tiroirs à archives. Bien que leurs incarnations originales aient déjà conquis un grand nombre de musiciens, ils restent aujourd’hui, malgré tout, indisponibles à la vente.

Voici une liste de sept amplis guitares qui mériteraient de revoir le jour.

Les Gibson GA-70 « Country Western » de 1957-1958

Dans les années 1950-1960, les concepteurs d’amplis de chez Gibson avaient pour consigne d’éviter de copier sur les modèles de leur célèbre concurrent californien Fender…Ce qu’ils essayèrent de faire jusqu’à ce qu’il devienne trop évident que c’était le son de Fender que tous les joueurs demandaient. Le modèle combo GA-70 est souvent considéré comme la première création de Kalamazoo s’inspirant directement du son Fender. Bien qu’ils aient subi quelques transformations après leur première sortie en 1956, les GA-70 « Country Western » de 1957 et 1958 étaient équipés d’un circuit et d’un haut-parleur similaires à ceux des Pro Amp de l’époque. Par conséquence, les guitaristes les ont longtemps vantés comme étant les modèles sonnant le mieux de toute la gamme vintage de Gibson.

Gibson Country Western de 1958 ( Photo : Robert Vosgien)

Le combo 1x15” était capable d’offrir 30 watts de puissance grâce à une paire de lampes de sortie 5881 (similaires aux 6L6). Contrairement à la plupart des autres amplis Gibson de l’époque, il s’agissait d’un bias fixe plutôt que d’une polarisation par la cathode, ce qui signifie que l’ampli avait un son plus serré tout en offrant plus de headroom, ainsi qu’une réponse dans les basses plus précises. Les entrées micros et instruments étaient reliées à des canaux identiques, et partageaient donc les mêmes réglages pour Bass, Treble et Fidelity.

Ces trois derniers réglages nous amènent vers une autre caractéristique du GA-70 : l’étage d’équalisation qui inspirera le Vox Top Boost. Les réglages Bass et Treble étaient en fait liés directement au tone stack monté en cathode-follower comme on pouvait le trouver dans les combos Fender tweed après 1955. Le réglage Fidelity était lui similaire à ce qu’on pouvait trouver sur des modèles concurrents… néanmoins câblé à l’envers. L’ajout par Vox de ce potentiomètre câblé à l’envers (que la marque nomme « Hi Cut ») peut nous mettre la puce à l’oreille en ce qui concerne le fait que la marque britannique ait copié sur le schéma Gibson.

Laissons les caractéristiques de côté et résumons le son du GA-70 ainsi : c’est un ampli qui offre un gros son, épais, ayant une tendance naturelle à l’overdrive sans pour autant être trop puissant. Ce son se mariera avec des styles comme le jazz, la country, le blues ou le garage.

Le Fender 5G9 Tremolux de 1959

Plusieurs fabricants ont proposé des versions similaires au tweed Tremolux, et Fender lui-même avait ressorti l’ EC Tremolux (indisponible aujourd’hui) mais personne n’a jamais vraiment réussi à rendre hommage à cet ampli.

Fender Tweed Tremolux de 1959

Les premiers Tremolux 5E9 et 5E9-A de 1955 qui ont suivi étaient essentiellement des 5E3 Deluxe avec un trémolo en plus. Et bien que cela ait été une bonne chose, le Tweed Tremolo a vraiment pris toute son ampleur lorsqu’il fut équipé par le nouveau circuit 5G9 de 1957/58. À ce stade, le Tremolux est devenu littéralement un plus gros ampli et un nouveau modèle de choix, à bien des égards.

Les fans du légendaire tweed Deluxe se sont souvent plaints qu’il n’offrait pas assez de headroom et que le son n'était pas assez étriqué. Le Tremolux a dépassé tous ces problèmes avec un bias tremolo en bonus. Comment faisait-il cela ? C’était pour l’essentiel un Bassman tweed monté dans un combo 1x12” équipé de 6V6 et d’un trémolo.

Au lieu de travailler en cathode bias comme le Deluxe, le Tremolux possède un bias fixe, offrant un son plus étriqué et épais. On retrouve également une self de filtrage au niveau de l’alimentation, caractéristique absente du Deluxe. À la place du montage en cathodyne du tube déphaseur, commun à tous les combos Fender de l’époque, il possédait un montage « long-tailed-pair » plus complexe qui permettait d’offrir un son plus clair et moins compressé. Même les versions Tweed du Super, du Pro, du Bandmaster et du Twin low-powered ne possédaient pas cette caractéristique qu’on ne retrouve que sur le Bassman et sur le Twin high-powered.

Ajoutons à ça un châssis en bois plus gros (de la même taille que celle du Pro en version 1x15”) ainsi que 18 solides watts en provenance d’une paire de 6V6 et vous obtenez un Tremolux des années 50 capable d’offrir le meilleur son Fender tweed avec assez de clarté et de twang en réserve pour nimber votre son d’overdrives dynamiques sans vous faire sauter les tympans.

Mesa/Boogie Mark IIC+ de 1984/85

Le Mesa/Boogie est extrêmement populaire au sein de la sphère rock. Prenez n’importe quel groupe d’heavy ou de métal du milieu des années 80 aux années 90, de Metallica à Dream Theater, ils n’auront qu’un seul ampli à la bouche : Mark IIC+.

Mesa Boogie Mark IIC+

Les amplis de la série Boogie Mark ont suivi la progression de conceptions de Randall Smith (rejoint plus tard par Mike Bendinelli), et les Mark I, Mark II, Mark III se sont ainsi succédés du début des années 70 aux années 80, 90… jusqu’à aujourd’hui avec le Mark V. Chaque ampli a bien entendu apporté son lot de modifications, mais le Mark II fut incontestablement celui dont l’évolution fut la plus fulgurante.

Le Mark II offrait deux canaux switchables entre rythm et lead. Les différentes versions, du A en passant par le B, le C et finalement le C+ offraient toutes différentes itérations du circuit, jouant plus ou moins sur le gain et le son du canal lead. Le Mark IIC+ était clairement le plus « velu » de sa catégorie, devenant l’outil de choix d’un nombre incalculable de dieux du shred.

Alors, pourquoi n'y a t-il jamais eu de réédition ? Les fans du Boogie ont bien sûr fait entendre leurs voix et celles-ci ne sont pas restées sans réponse. Smith et ses collaborateurs ont en effet pris la parole sur ce sujet et ont déclaré que le problème majeur résidait dans la reproduction des transformateurs d'origine (même si tout porte à croire qu’ils préféreraient se concentrer sur le futur plutôt que revenir en arrière). Mais on peut quand même continuer à se demander pourquoi le Boogie, un des amplis les populaires de l’histoire, n’aurait pas le droit lui aussi à une seconde vie ?

Traynor Bass Mate YBA-2 du milieu des années 60

Le fabricant d’ampli canadien Traynor a déjà sorti une reissue du YGM-3, un super combo bien pratique, mais qui n’a rien à envier au Bass Mate YBA-2, son modèle précédent totalement différent.

Traynor Bass Mate de 1966

Les versions plus tardives des têtes et des combos Bass Mate et Guitare Mate utilisaient des tubes de sortie EL84 polarisés par un bias fixe, offrant un mélange intéressant entre son Britannique et nord-américain. Le Bass Mate YBA-2 du milieu des années 60 offrait lui un son clairement plus US grâce à des tubes 6V6 polarisés en cathode bias, tout comme le légendaire tweed Deluxe.

Mais quelle était la différence ? La polarisation par la cathode (ou cathode biasing) fait que l’ampli offre un son plus riche, avec des harmoniques très intéressants lorsqu’il est poussé dans ses retranchements. Les 6V6 offrent ce son parfaitement taillé pour le rock’n’roll. Ces amplis ne sont pas particulièrement faits pour jouer avec une basse, à moins de vouloir jouer à faible volume, mais branchez une guitare et poussez un peu le volume, vous serez surpris de ce qu’il peut en sortir.

Au niveau du panneau de contrôle, on retrouvait : volume, tone, mais également des petits bonus vraiment intéressants qui rendaient cet ampli particulièrement unique. Pour ce qui est du circuit, le Bass Mate utilisait des condensateurs de liaison Mullard/Phillips, comme ceux qui étaient utilisés dans les Marshall vintage, les fameux « Mustard ». Ajoutez à ça des transformateurs Hammond de qualité et un look sympa et vous comprenez pourquoi il mérite vraiment qu’on s’y intéresse.

Vox AC10 Twin du début des années 60

En parlant d'ampli sympa, le Vox AC10 original du début des années 60 pourrait avoir encore plus de succès que son aîné, l'AC15.

Vox AC-10 Twin de 1964

Vox a sorti l’AC10 Custom en 2015 et propose depuis longtemps un AC15. Malheureusement, aucun ne se rapproche de la version originale de l’AC10 fabriqué par JMI. La version la plus ancienne de l'AC10 était montée dans un combo 1x10" (seule chose en commun avec l’AC10C1 actuel de Vox), mais la version la plus connue reste celle équipée d’une paire de deux haut-parleurs de 10”.

L’une des clefs du son de l’AC10 est clairement sa pentode d’entrée EF86, le même tube que celui utilisé dans l’étage de pré-amplification du AC15 et des premières versions du AC30. Difficile de s'approcher du son de l’AC10 sans utiliser ce tube. Enfin, ses 10 watts en sortie, assurés par une paire d’EL84 montées en cathode bias, sans feedback négatif , branchées dans une paire de haut-parleurs de 10” alnico de chez Goodman complétaient l’ensemble.

Le tremolo envoûtant est lui assuré par une curiosité, une ECF82 qui abrite dans le même tube une triode et une pentode. Un design un peu bancale qui offre souvent de la microphonie.

Parfait pour une utilisation en studio et dans de petites salles, cet ampli mériterait largement une réédition Hand-Wired.

WEM Dominator Mk III Combo du début des années 70

Les articles sur les amplis vintage WEM parlent davantage du Watkins Dominator 2x10” de la fin des années 50 et du début des années 60 que de son héritier, le 1x12” des années 70 alors que celui-ci avait beaucoup plus de férocité à offrir sur scène (le fondateur, Charlie Watkins, a changé le nom de la marque provenant de son propre nom de famille et l’a remplacé par ses initiales WEM en 1963 ou 1964, après avoir constaté l'attrait et le succès engendrés par le logo VOX).

WEM Dominator Mk III des années 70

Le design du combo, d’un point de vue électronique, est une sorte de mariage entre un Fender blackface au niveau du préampli et un Vox AC15 ou un Marhsall 18 watts pour ce qui est de l’étage de sortie équipé d’une paire d’EL84 polarisées par la cathode. Les réglages d’EQ se retrouvent eux en sandwich entre deux étages de gains assurés par deux ECC83. On obtient au final un son doux qui peut aller facilement du clean à un son très riche et très rock lorsqu’il est poussé.

En plus de tout cela, c'est le genre d'ampli qui sonne clairement comme l'archétype de la machine à rock anglais (Mashall, Vox, etc..) lorsqu'il est poussé dans ses retranchements, et plus encore lorsqu'il est branché à un Celestion Greenback 12".

Ne fuyez pas non plus le modèle WEM Dominator Mk I Bass. Le circuit est identique à celui du modèle pour guitare Mk III, mais le combo comporte un haut-parleur de 15" au lieu d'un 12", qui était bien souvent un Celestion Greenback.

Selmer Zodiac Twin 30 du milieu des années 60

Faux croco, un œil magique vert. C’est tout ce que vous devez savoir. Le Zodiac Twin 30 du milieu des années 60 est certainement l’un des amplis anglais les plus cools de l’époque des amplis à lampes, et même du monde entier.

Selmer Zodiac Twin 30 de 1963

Selmer, qui fut longtemps considéré comme un grand nom dans le domaine des instruments à vent, a été l'un des premiers fabricants à se lancer sur le marché des amplis guitare en Grande-Bretagne, à partir du milieu des années 30, et est sans doute resté le plus grand acteur du marché jusqu'à la fin des années 50. Les concepteurs de la marque ont toujours eu un style bien à eux, et, bien que l’on retrouve des similitudes chez d'autres fabricants britanniques plus connus, tout le monde s’accorde à reconnaître la singularité des amplis Selmer.

Les deux canaux offrent chacun un réglage de volume et de tonalité, mais le canal 2 est également équipé d’un réglage SelectorTone (une sorte de VariTone), ainsi que d’un tremolo relié à l’œil magique installé en façade qui s’ouvre et se ferme sur le rythme de ce dernier.

Le Zodiac Twin 30 offrait 30 watts de puissance au travers d’une paire d’EL34 polarisées par la cathode (tout comme dans les Marshall Plexi). L’étage de pré-ampli était lui assuré par deux ECC83 (une pour chaque canal) alimentant une EF86, le même type de montage qu’il était possible de trouver dans l’AC15. Une paire de Celestion G12 Alnico complétait l’ensemble.

Rien d’étonnant à ce que cet ampli, remarquable pour son son épais, riche et chaud et son overdrive résistante à toute épreuve, ne connaisse aucun équivalent. Et avec son revêtement en faux croco et son grille cloth noir à fils argentés, cet ampli ne ressemble à aucun autre.


Et vous, quelle réédition d’ampli souhaiteriez-vous voir ? Dites- le nous en commentant cet article.

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