Les « Lucilles » de B.B. King : un modèle Gibson devenu célèbre

De combien de Lucille B.B. King a-t-il joué ? C’est une question plus ardue qu’il n’y paraît, car la vraie réponse n’est connue que d’un seul joueur de blues de Beale Street. Ce dont on est certain, toutefois, c’est qu’il a acheté sa première Gibson, une modeste L-30 avec des ouïes en « f », quand il était adolescent, vers 1940, sur laquelle il posa rapidement un micro DeArmond. Au cours des années 50, il passa à une Fender Esquire solid body, puis quelques Gibson, dont une ES-5, une 125, une Byrdland et une 175.

Au début des années 60, il jouait sur une ES-335 sunburst avec un Bigsby, qui, étrangement, était dotée d’un switch Varitone et d’un câblage stéréo, qui en faisait un mélange artisanal entre une 335 et une 345. Celle-ci semble avoir été sa guitare favorite de l’époque et lui a certainement servi à enregistrer son légendaire Live At The Regal en novembre 1964. Il utilisait aussi parfois une 345.

En 1967, B.B. porta son affection pour le top des demi-caisses de chez Gibson, la 355, un modèle de luxe, le type de guitare haut de gamme idéal pour un guitariste considéré encore aujourd’hui comme l’un des meilleurs bluesmen américains. Une série entière de 355 l’accompagna durant le restant de sa carrière.

Gibson décida de marquer cette relation en 1969 en signant un partenariat avec B.B., qui restait encore loyal à la 355. Le contrat le faisait apparaître dans toutes les pubs et les catalogues de la marque : par exemple, on le voit dans une pub, au début des années 70, légendée « l’Homme et la Femme » - en d’autres termes, B.B. King (l’Homme) et « Lucille, la Gibson de King » (la Femme).

B.B. King joue sur une Lucille pour une publicité Gibson.

B.B. King continua ainsi durant les années 80, convertissant de nouveaux fans à la cause du Blues, menant une vie de tournées et de studios. Gibson, de leur côté, décidèrent que créer une ou deux guitares signature ne serait pas une mauvaise idée. Peu à peu, grâce à l’enthousiasme d’employés de chez Gibson comme le vendeur Dennis Chandler et le patron de R&D Bruce Bolen, l’idée se concrétisa.

Le premier essai fut une guitare spéciale que Bolen présenta à B.B. en 1978, une 355 élégante avec des ouïes en « f » et des repères floraux (comme sur les Les Paul Artisans). Sur le cordier était gravé un message : « à B.B. King, la musique d’un artiste représente sa sensibilité, son parcours, et son mode de vie. Une légende de votre vivant, cette guitare est le symbole du chemin que nous parcourons ensemble. Nos salutations les plus sincères, vos amis de chez Gibson. »

B.B. l’utilisa pendant les deux années qui suivirent, mais durant l’été 1980, il repassa à une autre Gibson, un prototype cette fois plus proche de la signature à venir. Durant une réunion, Bolen dit à B.B. que le corps sera doté d’ouïes en f, l’idée étant qu’il puisse jouer plus fort sans se soucier des larsens – et en plus, cela donnait à la guitare un look élégant et unique.

Les modèles en série sortirent enfin en 1981 : la B.B. King Standard (aux prix de 1 140 €) et la B.B. King Custom (1 470 €). Dans les deux cas, le corps était plein, sans ouïes, comme les premières ES Artist de Gibson, mais à part ça, elles étaient construites avec la recette habituelle des demi-caisses de la marque – corps en érable stratifié, avec un bloc central en érable avec des marqueteries en épicéa – et possédaient un manche trois pièces en érable.

Les deux modèles possédaient des mécaniques Crank, un cordier TP-6, un Tune-o-matic monté sur des crampons en cuivre, et deux humbucker Pat Appl. For. Leur câblage était stéréo avec deux jacks de sortie, nécessitant deux câbles mono branchés dans les deux, ou l’usage d’un seul câble pour le mono. B.B. écrivit « Lucille » plusieurs fois, et Chuck Burge de chez Gibson redessina le meilleur pour l’artwork de la tête.

Les parties métalliques de la B.B. King Custom étaient plaquées or, la touche était en ébène avec des repères en bloc, et en plus des boutons habituels, elle avait un Varitone. La Standard, quant à elle, était plaquée chrome, la touche était en palissandre avec des repères en points, et des boutons ordinaires. Les deux modèles se trouvaient en finition ébène (noire) ou cherry. La Standard ne fit pas long feu – elle fut retirée de la vente après 1983 – mais la Custom est encore produite à ce jour, bien que depuis 1986, elle soit plus connue sous le nom de B.B. King Lucille.

Quand Gibson abandonna la ES-355 en 1981 (qui ne reverra pas le jour avant 2006), la guitare B.B. King combla le vide, et quand l’usine Gibson de Memphis ouvrit en 2000, Lucille fut l’une de ses premières fabrications, Memphis prenant la relève sur Nashville dans la production. Vers 2007, on ajouta un élégant logo « B.B. King » surmonté d’une couronne sur la tête de la Lucille, fait intéressant, le logo Gibson étant de ce fait absent de la guitare, bien que celui-ci fut remis en 2014.

ES-355 Gibson Lucille « King of the Blues »

Quelques variantes de Lucille sont apparues, parmi elles la Little Lucille en forme de Blueshawk (1999-2004) avec un corps légèrement plus petit, des ouïes, et deux P-90 anti-bruit. Deux autres sortirent aux alentours de 2002, une avec « B.B. King » et deux petites guitares incrustées sur la touche, l’autre, une édition limitée Super Lucille, avec la signature de King sur le pickguard, des repères en ormeaux et une finition brillante.

Un autre modèle est sorti en 2006 : une édition limitée B.B. King « King Of The Blues », avec un logo unique sur le pickguard.

B.B. surnommait ses guitares favorites Lucille, cependant, il y a pu y en avoir beaucoup. Selon une histoire qu’il racontait et embellissait souvent au fur et à mesure, il a choisi ce nom en hommage à une femme qui avait déclenché un incendie qui avait faillit le tuer alors qu’il s’était précipité dans le bâtiment pour sauver sa guitare. On l’a tous fait, non ?

En 1968, pour la chanson titre de son album Lucille, il enregistra un blues parlé à propos de cette légende. « J’ai ramassé Lucille » dit-il, « et elle sortait un de ces sons étranges, et je trouve qu’elle sonnait bien, tu vois ? ». Pour nous aussi, B.B.

À propos de l'auteur : Tony Bacon écrit à propos des instruments de musique, des musiciens et de la musique. Il est le co-fondateur de Backbeat UK et de Jawbone Press. Il a écrit des livres comme The Ultimate Guitar Book, Electric Guitars: The Illustrated Encyclopedia, et The Fender Electric Guitar Book. Tony vit à Bristol en Angleterre. Plus d’infos sur tonybacon.co.uk.

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