Savez-vous quel est le point commun entre The Doors et Bambi ?
Difficile à imaginer, mais leur musique a été créée au même endroit. À savoir, la chambre d'écho du studio d'enregistrement Sunset Sound.
Avant l’apparition de nouvelles techniques de réverbération produites par des plaques, des ressorts, des effets numériques ou des plugins, le seul moyen de donner à la musique enregistrée une sensation d’espace supplémentaire consistait à amplifier les voix et les instruments dans une pièce spéciale appelée chambre d’écho, puis de mixer le résultat avec l'enregistrement initial.
Alors que la véritable origine de la chambre d'écho reste assez floue, le fondateur d’Universal Recording, Bill Putnam, est souvent crédité pour avoir été le premier à se servir de la réverbération artificielle comme pratique d’enregistrement. En 1947, Putnam utilisa la salle de bain de son studio de Chicago comme chambre d'écho de fortune pour le titre « Peg o 'My Heart » du groupe The Harmonicats, une ballade instrumentale de 1912 reprise par un trio de joueurs d'harmonica.
Avant d'être remplacées par des dispositifs de réverbération à plaque et à ressort, les chambres d'écho étaient couramment utilisées, notamment dans les années 1950 et 1960 (bien que, bien sûr, certaines soient encore en fonction aujourd’hui). Durant cet âge d'or, les caractéristiques acoustiques de ces espaces ont joué un rôle essentiel dans la définition du son d'innombrables hits musicaux.
Pour cette raison, de nombreuses chambres d’écho ont conservé une certaine aura et les plus célèbres d’entre elles sont toujours utilisées régulièrement, malgré des avancées technologiques comme la réverbération numérique. Du grenier plein de courants d'air d'une vieille maison du Midwest à un ensemble de bunkers enfouis sous terre, nous avons compilé une liste de certaines des chambres d'écho les plus célèbres au monde (et des titres à succès qui y sont nés).
Remarque : bien que presque n’importe quelle pièce peut être utilisée pour créer cet effet, cet article se concentrera uniquement sur les chambres d'écho qui sont (ou ont été) dédiées uniquement à cette fonction.
En 1958, le directeur de l’enregistrement de Disney, Tutti Camarata, a proposé à Walt de créer son propre studio d’enregistrement pour ces films. La légende raconte que Disney a répondu à cela : « Pourquoi est ce que je voudrais posséder un studio ? Je préfère rester client. » C’est à la suite de ce refus que Camarata a décidé de se mettre à son compte.

Camarata a trouvé un magasin de voitures désaffecté sur Sunset Boulevard à Los Angeles, qui avait été construit de sorte à ce qu’une des extrémités du bâtiment soit inclinée pour pouvoir évacuer les fluides des automobiles. L’inclinaison du bâtiment lui confère ainsi des propriétés acoustiques idéales. Disney a été le seul client du studio pendant les quatre premières années de fonctionnement au cours desquelles le studio a enregistré les bandes sonores de Bambi, Mary Poppins, les 101 Dalmatians et d'autres projets Disney. En 1962, Tutti a ouvert les portes du studio au public.
Les chambres d'écho de Sunset sont des pièces austères aux angles incongrus, peintes en blanc avec un fini brillant. Au fond de la chambre d'écho du Studio One, se trouve un système d'enceintes Altec Lansing A7 « Voice of the Theatre » utilisé pendant la majeure partie de son histoire.
The Doors était un des groupes les plus en vue du studio Sunset à la fin des années 60. À l’époque de l’enregistrement de leurs deux premiers albums, le producteur de The Doors, Paul A. Rothchild, était particulièrement fan de la chambre d’écho du Studio One, d’où il pouvait entendre Jim Morrison chanter en direct. De nombreux autres membres célèbres de la communauté rock et pop y ont fait bon usage au cours des années 1960 et 1970, notamment The Rolling Stones, Joni Mitchell et bien d’autres. La chambre d'écho originale du Studio One est restée intacte et continue à être utilisée aujourd’hui.
Les studios Abbey Road à Londres sont dotés de trois chambres d'écho uniques. La plus célèbre d'entre elles est rattachée au Studio Two. La chambre est un espace carrelé étonnamment petit auquel on accède par une porte située sous les escaliers et elle est équipée de colonnes mobiles pour dissiper les réflexions.

Évidemment, le producteur des Beatles, George Martin, et les ingénieurs, Geoff Emerick et Norman "Hurricane" Smith, ont fréquemment utilisé cette chambre. La chanson « And I Love Her » a fortement mis en avant l’effet de réverbération sur les percussions et le chant.
Une chambre similaire se trouve sur le toit d'Abbey Road, toujours prête à être utilisée. Une troisième chambre, rattachée au Studio 3, a été construite dans les années 1980 et a été couverte (sauf le sol) de miroirs. Ces chambres ont été immortalisées dans le plugin de reverb Abbey Road Chambers de Waves, qui modélise également une chambre d’écho célèbre en pierre se trouvant dans les Studios Olympic à Londres. Le plugin va même jusqu'à recréer l’ effet S.T.E.E.D. d'Abbey Road (Send, Tape, Echo, Echo, Delay) , qui produit des cascades de réverbération en introduisant un delay et un feedback dans le système.
Quand EMI a acquis Capitol Records en 1955, le géant de l'industrie musicale a commencé la construction d'un nouveau siège à Hollywood. Les Paul, l'un des plus grands experts américains de l’enregistrement, a été convié à participer à la conception du nouveau studio d'enregistrement de Capitol. En plus de créer un environnement acoustique de premier ordre pour l’enregistrement et le mixage des tubes de l’époque, Paul a contribué à la création de huit chambres d’écho en béton, construites sous le bâtiment à 10 mètres de profondeur.

De forme approximativement trapézoïdale, sans surfaces parallèles, chaque chambre des studios Capitol possède des dimensions légèrement différentes conçues pour produire différentes caractéristiques de réverbération et de delay, pouvant atteindre jusqu’à cinq secondes. Les chambres d'écho du studio Capitol ont fait les gros titres en 2008, lorsqu'une pétition a été lancée pour empêcher un forage en vue de la construction d’un projet immobilier à côté du bâtiment, au cas où celui-ci pourrait endommager ou détruire les chambres.
L’album Frank Sinatra Tone Poems of Colour fut le premier à être enregistré dans le nouveau studio. Au fil des années, de nombreux artistes de renom ont honoré les lieux, dont les Beach Boys, qui ont enregistré là-bas leur deuxième album, Surfin USA. Surfin USA marque la première incursion de Brian Wilson dans la production, lorsque le véritable son des Beach Boys a commencé à prendre forme. Tandis que les groupes de surf instrumentaux se cantonaient à leurs reverb à ressorts Fender, les Beach Boys tiraient parti des chambres d’écho des studios Capitol, qui renforçaient leurs harmonies enregistrées sur deux pistes pour le morceau titre de l'album.

Les studios Gold Star, autre lieu de prédilection de Brian Wilson à Hollywood, ont été fondés par David S. Gold et Stan Ross en 1950. Mais c'est surtout pour les tubes enregistrés par le légendaire producteur Phil Spector qu'ils sont les plus connus. Spector est devenu célèbre pour l’effet « Wall of Sound », reposant sur des arrangements denses et sur un double enregistrement pour créer des mixages aux sonorités massives.
Après avoir essayé différentes techniques, Gold a finalement décidé de construire sa propre chambre d'écho afin obtenir le son parfait.
Deux pièces trapézoïdales, dont les murs ont été recouverts de 5 cm d'un mélange de ciment et de plâtre pour augmenter la réflectivité, ont été construites derrière le studio A. Dans les deux chambres, des amplis de 10 watts alimentaient des haut-parleurs de 12 pouces et des micros à ruban RCA 6203 étaient également utilisés, ce qui conférait à la réverbération une tonalité épaisse et chaleureuse sans trop d’aigus. « Be My Baby » de The Ronettes est un classique des productions Wall of Sound, avec des percussions imprégnées du célèbre écho de Gold Star.
Le « Wall of Sound » qui eut une influence considérable, a attiré l'oreille d'un jeune ingénieur suédois, Michael Tretow, qui travaillait au studio Metronome à Stockholm. Situé dans un ancien cinéma, le studio (maintenant appelé Atlantis Grammofon) a accueilli des artistes aussi divers que Quincy Jones, Elvis Costello, Lenny Kravitz et The Cardigans bien que son plus célèbre client fût un petit groupe de pop appelé ABBA.

Lorsque Tretow a commencé à travailler avec ABBA chez Metronome, les astres se sont alignés : la pop exigeante du groupe exigeait un son toujours plus percutant, et l'influence de Spector s'imposait. Tretow a créé des enregistrements emblématiques pour le groupe ABBA, à l'aide d'instruments doublés voir triplés, utilisant des techniques de varispeed, et bien sûr, en utilisant des chambres d'écho.
Les chambres d’écho de Metronome sont plus grandes que la plupart, certainement plus grandes que celles de Gold Star, ce qui leur confère un temps de dégradation (decay) assez long. L'effet est particulièrement audible sur la chanson « Mamma Mia » de l'album éponyme d'ABBA (dans le mix stéréo).
Il s’est passé bien des choses avant que « The Motown Sound » devienne un terme familier. Après l’échec de la création d’une entreprise appelée The 3-D Record Mart (qui vendait des disques de jazz et des lunettes tridimensionnelles), l’entrepreneur musical Berry Gordy a acheté une maison au 2648 West Grand Boulevard à Detroit, dans le Michigan, et s’y est installée en 1959, aménageant le premier étage en studio et vivant au deuxième étage. La maison deviendra la principale base d'opération de la Motown, même si l'entreprise avait racheté six autres maisons à proximité pour les pôles administratifs et d'édition.
La réverbération emblématique de la chambre d'écho improvisée de Hitsville située dans le grenier de la maison était la clé du son des innombrables succès de la Motown. Le grenier de Hitsville n’était pas du tout conçu dans un souci de perfection acoustique, mais son ambiance avait un certain caractère qui a fini par façonner le son emblématique de la Motown. L'écho de Hitsville a remporté de nombreux succès au fil des ans, et on peut l'entendre clairement dans l'intro de « Where Did Our Love Go » de The Supremes.
Fun Fact : après la conversion de Hitsville en musée en 1985, un trou a été creusé dans le plafond menant au grenier, permettant aux visiteurs d'entendre l'écho Motown en se tenant sous le trou et en frappant des mains ou en chantant.
Les anecdotes sur les chambres d'écho sont rares et leur utilisation sur des morceaux en particulier l'est encore plus. Si vous avez connaissance d'histoires éclairantes faisant lien à cet article, faites-le nous savoir dans les commentaires.