Peu de musiciens ont autant influencé et inspiré dans le monde qu’Eric Clapton. Et vu l’importance de cet héritage, il est également un des guitaristes les plus clivant. Si vous êtes guitariste, vous avez une opinion bien tranchée sur Clapton. Dépeinte comme laborieuse et parfois même désastreuse dans son récent documentaire autobiographique, Life in 12 Bars, la vie de Clapton a été tumultueuse et remplie de controverse, et c’est peu dire.

Les scandales mis de côté, une chose qui fait l’unanimité est qu’Eric Clapton, est l’un des guitaristes les plus important de tous les temps. Personne –même pas Clapton à son plus bas- ne peut le nier. Mais ce n’est pas le sujet de cet article, c’est un éloge d’Eric Clapton, une légende vivante de la guitare, et quelques-unes de ses guitares les moins connues.
Dans cette série, nous avons déjà parlé de Jimi Hendrix et de Stevie Ray Vaughan –deux des plus importantes influences de Clapton. Comme nous l’avons noté dans les articles précédents, étant donné que ces musiciens ont possédé une grande variété de guitares, la liste ne peut pas être exhaustive. Surtout dans le cas de Clapton – il en a possédé des centaines – et en gardant cela en tête, j’ai décidé de me concentrer sur deux périodes de la vie d’Eric.
Cet article couvrira donc la jeunesse d’Eric, encore apprenti musicien, ainsi que les années 80. Avant que vous ne demandiez, oui, Eric a joué sur une guitare synthé. On sait, on sait, on ne parle pas de toutes ses guitares, alors n’hésitez pas à partager les guitares de Clapton les plus confidentielles que vous préférez dans les commentaires, on fera alors peut-être une partie II.
Sans plus attendre, voici l’histoire de Slowhand et de ses six cordes oubliées.
Hoyer Flat Top Acoustique à l’Espagnole – « Lord Eric »
La chose la plus sûre sur le musicien Clapton est probablement ses débuts. Alors que Clapton a passé sa carrière à jouer sur les meilleures guitares du monde, sa première guitare acoustique, même selon lui, n’était pas un instrument de qualité. Comme l’a précisé Eric en 2007 dans son autobiographie, Clapton, la guitare était bizarrement conçue, et pas très adaptée pour les débutants :
« Un instrument étrange, elle ressemblait à une guitare espagnole, mais à la place de cordes en nylon, elles étaient en acier. C’était un curieux mélange, et pour un débutant, c’était assez douloureux à jouer. Bien entendu, je mettais la charrue avant les bœufs, parce que je ne pouvais même pas accorder une guitare, alors en jouer… »
Bien que les guitares allemandes Hoyer soient connues pour être de bonnes factures, celle que la grand-mère de Clapton lui acheta en 1958 chez Bell Musical Instruments ne semblait pas être leur meilleur modèle. Mais tout de même, Clapton s’en contenta très bien jusqu'à ce qu’il ne casse une corde. Coincé avec seulement cinq cordes avec une guitare de débutant et sans prof, Clapton abandonna la guitare plusieurs fois avant de trouver sa voie.
Dans une tentative de trouver son propre style, comme ses héros de la musique folk avant lui, Clapton inscrivit « LORD ERIC » sur le devant de la guitare pour marquer sa nouvelle identité de troubadour. Bien sûr –comme prévu- Eric se trouva une petite amie avec cette guitare et cette personnalité super cool.
Alors que tout semblait rouler comme sur des roulettes au début, Clapton et sa petite amie Diane furent mortifiés par cette guitare et par l’incapacité de Clapton de jouer une chanson en public. Cependant, leur relation fut de courte durée, et Clapton, à nouveau célibataire trouvera bientôt une guitare qui changera sa vie.
Washburn Parlor Acoustic du début du 20e siècle
Après sa rupture, Clapton, alors âgé de 15 ans, allait baisser les bras, jusqu’au jour où la chance lui sourit dans un marché aux puces de Kingston, où il posa ses mains sur la guitare qui deviendra son acoustique préférée. Bien que Clapton ne le savait pas à ce moment-là, cette guitare était une Washburn Parlor Acoustic vintage de Chicago. Ce qu’il savait inconsciemment, par contre, c’était que c’était celle qu’il lui fallait. Comme il le raconte dans Clapton :
« J’ai vu cette guitare très étrange. C’était une acoustique, mais elle avait un corps très fin, presque comme une vieille guitare anglaise médiévale, et elle avait une femme nue peinte à l’arrière. Instinctivement, j’ai su qu’elle était de qualité. Je l’ai prise, et même si je n’en ai pas joué, parce que je ne voulais pas qu’on m’entende, je l’ai trouvée parfaite, une guitare de rêve. »
Même si Clapton n’était pas fan de la femme nue à qui était vernie sur le palissandre de l’arrière de la guitare, il sentait qu’il avait enfin une « vraie guitare ». Enfin, quand le jeune Clapton prenait sa guitare, les cordes n’étaient pas rouillées, le manche était large et plat « comme une guitare espagnole », et l’action était bien plus basse, la rendant beaucoup plus facile à jouer, accords et mélodies.
Alors que Clapton était assuré de devenir le nouveau troubadour à la mode qu’il a toujours voulu être, il découvrit le Blues. Après avoir été estomaqué par des musiciens comme Big Bill Broonzy, Clapton délaissa ses imitations de chanteurs folk au profit des Muddy Waters et autres Jimmy Reed.
À cette époque, Clapton commençait à sortir, et à s’instruire dans un club de Kingston appelé The Crown, et plus tard, il découvrit la musique de Robert Johnson grâce à l’amoureux du Blues Clive Blewchamp
Tragiquement, son demi-frère s’assit sur la Washburn d’Eric, le plongeant dans une profonde dépression. Avec la perte de sa guitare, il eut l’impression de perdre son identité. Eric rechercha une nouvelle guitare – et bientôt, il passa à l’électrique.
1962 Kay Jazz II (K775V), repères en bloc, demi-caisse
À l’automne 1962, l’adolescent Eric Clapton retourna à Bell Music pour acheter sa nouvelle guitare de rêve : une guitare électrique de 1962 Kay Jazz II demi-caisses. Bien qu’Eric soit tombé sous le charme, comme ce fut le cas avec sa Hoyer, il remarqua rapidement quelque chose, comme il se souvient dans Clapton :
« Comme je l’ai appris plus tard, ce n’était qu’une copie de la meilleure guitare du moment, la ES-335. … La Gibson m’aurait coûté plus de cent livres, je n’avais pas les moyens, alors que la Kay n’en coûtait que 10, mais elle était originale. J’ai eu le coup de foudre…
« Même si je l’adorais, je me suis vite rendu compte qu’elle n’était pas de très bonne qualité. Elle était aussi difficile à jouer que la Hoyer, parce que, encore une fois, les cordes étaient trop hautes par rapport au manche, et, parce qu’elle n’avait pas de truss rod, le manche était fragile. Alors après quelques mois de dur labeur, il commençait à plier, je devais m’adapter, je n’avais que ça. Dès que j’ai eu cette guitare, je n’en voulais plus. »
Bien que Clapton ait eu des difficultés avec cette guitare et ne possédait pas d’ampli, il joua suffisamment dessus pour progresser et commencer à faire des concerts, avec son premier groupe, The Roosters et en tant que membre des Yardbirds en 1963. C’est aussi sur cette guitare qu’Eric essaye d’imiter le jeu de Robert Johnson après que Clive Blewchamp lui offrît King Of The Delta Blues Singers. Ce simple fait suffit pour faire rentrer cette guitare dans l’histoire de Clapton.
Mise à part l’histoire de Clapton, cette Jazz II est assez unique. Les repères sont visuellement originaux avec leur forme d’aileron de requin, pourtant, celle de Clapton avait des repères en bloc. Certains prétendent qu’elle a été modifiée, mais d’autres Jazz II de la même époque se sont retrouvées sur internet avec les mêmes repères, suggérant qu’il y en ait encore d’autres de ce genre.

Aussi, la Jazz II de Clapton devrait avoir un truss rod si on se réfère au catalogue Kay de l’époque. Bien que les Kay d’avant 1961 n’en avaient pas, la description de la Jazz II sur le catalogue de 1961 précisait « Chaque manche Kay ne se courbera pas, c’est GARANTI. »
Même si cette Kay Jazz II était intéressante, Eric gagnerait bientôt suffisamment d’argent avec les Yardbirds pour s’acheter de bien meilleures guitares.
1964 Gibson ES-335 TDC, Serial #67473
Eric était à la recherche de sa propre guitare électrique professionnelle après avoir changé sa Jazz II pour une Fender Telecaster rouge qui appartenait aux Yardbirds (Jeff Beck jouera de cette même Telecaster après le départ d’Eric des Yardbirds). Eric fut logiquement attiré par le modèle qui avait inspiré sa Jazz II – une Gibson ES-335 TDC de 1964 rouge.
Achetée en partie parce qu’elle lui rappelait son héros Freddie King, Clapton lorgnait sur cette Gibson devant la vitrine de Selmer Music depuis un moment. Contrairement à la Jazz II, l’amour que portait Clapton pour cette guitare n’était pas de courte durée, et il ne pouvait pas ne pas être époustouflé par la beauté et la qualité de l’objet après l’avoir acheté. D’après le livre de Clapton :
« Je restais dehors à contempler ces guitares pendant des heures, surtout la nuit, quand la vitrine restait allumée, et après un passage au Marquee, j’y retournais en rêvassant. Quand j’ai enfin acheté la Gibson, je n’en croyais pas mes yeux à quel point elle était resplendissante. Enfin, j’avais l’impression d’être un vrai musicien. »
Et comme n’importe quel musicien, Eric se mit à acheter plus de guitares, une par mois à l’époque, la ES-335 n’apparut pas souvent sur scène. Il n’était pas non plus connu pour les garder longtemps, cependant, il garda cette 335 pendant des décennies, selon une interview de Guitar World en 1988.
Bien qu’elle n’ait pas été très jouée en concert, elle est quand même apparue au Royal Albert Hall au concert d’adieu de Cream, avec the Dirty Mac dans The Rolling Stones Rock and Roll Circus, et plus tard dans les années 90. Ceci étant dit, le fait que la 335 du concert d’adieu ne soit pas la même que celle achetée en 1964 porte à débat.
Comme l’a mentionné le collègue de chez Reverb, Tony Bacon, Jerry Donahue, un ancien employé de chez Selmer Music a apparemment apporté des preuves que Clapton avait acheté une 335 chez Selmer Music en 1968 avant le concert d’adieu de Cream. Il se souvient avoir vu Clapton jouer de sa nouvelle guitare à ce concert.
Étant donné que la guitare a été vendue aux enchères en 2004 pour 847 000 $, il est assez probable qu’il s’agisse de la même guitare achetée à l’époque des Yardbirds.
1982 Roland G-505/GR-700 Guitar Synthesizer, Serial #K824044
Quand on pense à une « guitare Clapton », la première chose qui vient à l’esprit n’est certainement pas une guitare synthétiseur. Mais en 1984, Eric Clapton avait délaissé ses Strats en essayant de composer son album Behind The Sun sur un synthétiseur analogique Sequencial Circuit Prophet-5, et une Roland G-505 en forme de Strat rouge.
Maintenant, le succès obtenu avec les synthétiseurs dans cet album est ouvert aux débats. Ce qui ne fait pas de doute, en revanche, c’est que Clapton a d’abord été intimidé après avoir été introduit aux techniques modernes par Steve Lukather, mais aussi très enthousiasmé par les possibilités sonores qui s’ouvraient devant lui.

Clapton lui-même déclarera dans une interview de Guitar Player en juillet 85, en parlant de la G-505 et de la GR-700 :
j’ai le pedalboard et la banque de mémoire ; la guitare est interchangeable. J’ai acheté le nouveau modèle (G-707) et je ne pouvais pas en jouer, parce qu’elle glissait sur mes genoux sans arrêt. Alors je me suis procuré une avec une forme de Strat (G-505), dont l’électronique est plus ou moins la même. Et ça m’a inspiré, de simplement la prendre et de jouer des accords. »
En plus du pedalboard GR-700 mentionné plus haut, l’enchère officielle de la guitare comportait aussi un GR-300 ainsi qu’un programmeur Roland PG-200.
On peut dire sans trop se tromper que le bon vieux Slowhand a bien essayé les guitares synthé avant de les vendre pour 33 350 $ en 1999, qui se revendirent pour 69 000 $ en 2008. Clapton était connu pour ne les avoir utilisées qu’en studio, alors qu’en tournée, il utilisait ses Stratocasters vintage pendant sa tournée de 84 avec Roger Waters et celle de 85, Behind the Sun Tour.
Au final, les guitares synthé de Clapton n’ont pas fait long feu après 1985, alors qu’il retournait vers sa guitare attitrée, la Stratocaster.
1983/84 Roger Giffin "Blackie" Stratocaster Copies
À peu près à la même époque, il recherchait une guitare de secours pour Blackie. Roger Griffin, un luthier anglais et futur patron de Gibson Custom Shop lui créa alors une copie de Blackie. Griffin avait été recommandé pour ce boulot par un ancien collègue de chez Top Gear Musical Instruments qui travaillait alors sur les tournées de Clapton.
Clapton contacta rapidement Griffin en 1983 pour réaliser un clone de Blackie, directement depuis la source. Nous avons contacté Griffin au téléphone pour qu’il nous en dise plus sur ces clones :
« Évidemment, l’intention était de cloner Blackie. C’était tout l’intérêt – il voulait avoir deux autres guitares avec le même son, et le même jeu. Alors j’ai emmené Blackie dans mon atelier pendant un petit bout de temps pour prendre les mesures et des notes. J’en ai fabriqué deux avec un manche en érable, tout comme Blackie.

« Je ne me rappelle plus – ça fait un bout de temps – je ne me rappelle plus du hardware et des micros que j’y ai installé. À l’époque, en 84, il n’y avait pas un énorme choix. C’était des micros de Strat de base… Je ne sais plus. J’ai copié les caractéristiques, le poids et la forme, le manche et tout le reste. Je les ai réglées comme Blackie avec une action assez haute pour qu’il puisse utiliser le bottleneck. »
Bien que ces guitares aient été sensées être des clones de Blackie, elles n’étaient pas sensées lui ressembler exactement. Peintes respectivement, en bleu et en vert, elles étaient conçues, pour la blague, pour correspondre aux chemises de Clapton, selon Griffin. Clapton a utilisé la bleue pour la première fois au concert ARMS de septembre 83, et la joua sur les premières chansons de ses tournées de 84 et 85, mais n’utilisa jamais la verte en concert.

La strat bleue se retrouva en couverture du magazine Guitar Player de juillet 85, ainsi que sur de nombreuses publicités de l’époque. Clapton cessa de l’utiliser en 86 et la vendit aux enchères en 1999 pour la fondation Crossroads pour 48 300 $. Pas si mal pour une copie de strat.
Avec du recul, Griffin remarque que si les clones avaient été fabriquées aujourd’hui, elles auraient été plus proches de l’originale grâce à la variété du marché actuel. L’information la plus intéressante de la part de Griffin est probablement à quel point ces clones sont similaires aux Clapton Signature Strats de Fender.
Selon Griffin, quand Fender a développé la signature de Clapton, ils avaient demandé à ce qu’il leur envoie Blackie – ce à quoi Clapton, ou un membre de son équipe à répondu « non ». Au lieu d’envoyer Blackie, Clapton envoya la strat de Griffin, qui fut chaudement remercié par Fender.
Roger note qu’il est possible que Fender ait pu avoir Blackie pour les recherches après que Clapton ait cessé de l’utiliser, mais à la place, à l’époque des premières recherches pour la strat Clapton, c’est une copie de Griffin qui fut envoyée.
Il est intéressant de noter qu’il est encore possible d’acheter des guitares fabriquées par Roger Griffin pour bien moins cher que le prix auquel a été vendue Blackie en 1999. Il est même possible que vous la trouviez encore plus cool.
1987 Fender Eric Clapton Signature Stratocasters, 7-UP Green, Serial #V025603 and #025609
Résultat de la recherche de Fender du parfait porte-étendard (désolé Yngwie) et de la quête de Clapton pour une remplaçante à Blackie, la Eric Clapton Signature Stratocaster. Les guitares mentionnées ici – les 7-UP Green Strats – représentent l’évolution des prototypes de la Clapton Strat, et le goût de Clapton pour les couleurs criardes.
D’abord, Clapton ne les a pas commandées pour correspondre avec ses chemises, mais avec les cannettes de 7Up. Sérieusement, c’est pourquoi elle s’appelle la « 7-UP Green » - c’est aussi simple que ça. Le résultat final de cette commande surprenante fut l’une des couleurs de strat les plus mémorables des temps modernes, qui est restée exclusive aux signatures Clapton depuis.

Ce qui est particulier avec ces guitares, mise à part ça, c’est qu’elles servaient de publicité pour les premières signatures Clapton. Dans les publicités originales, la guitare possédait 21 cases, un manche en érable, et un mini bypass pour booster les 21dB. Ces modèles-là étaient connus sous le nom de V1 Clapton Strats. Malgré toutes les pubs déclarant que Clapton « n’en changerait rien », il apporta quelques modifications. Ces guitares nommées V2 Clapton Strats possédaient un boost à 25dB, et un manche à 22 cases.
Les 7-UP Green de Clapton étaient uniques parce que, malgré le fait qu’elles possédaient les électroniques des V1 et V2, elles avaient toutes les deux un manche en érable de 22 cases. Selon l’histoire de ces guitares, il est probable que les V1 aient débuté avec 21 cases, mais qu’elles furent modifiées pour en ajouter une à la demande de Clapton. Clapton avait déjà fait ça sur d’autres prototypes, c’est donc une possibilité.
Quelle qu’en soit la raison, Clapton utilisa ces guitares régulièrement à la fin des années 80, début des années 90, et a même déclaré que la couleur était « super ». Malgré sa description peu loquace de son amour pour le modèle, les instruments furent tout de même vendus aux enchères pour respectivement 57 000 $ et 63 000 $ en 1999.
À propos de l'auteur : Casey Hopkins est un auteur de Brooklyn, ainsi qu'un songwriter/guitariste dans le groupe The Advertisers. En parallèle à ses contributions pour Reverb, Casey est un vendeur de guitares, ainsi qu'un spécialiste d'histoire. Suivez @CaseyHopkinsGuitar sur Instagram.



