L'histoire (corrigée) de Danelectro

Placer Nathan Daniel au panthéon des designers de guitares aux côtés de Leo Fender ou de Ted McCarty n'est pas forcément une évidence. Mais les guitares et les amplis de Daniel étaient généralement vendus le quart du prix d'une Fender ou d'une Gibson, poussant les parents de rock stars en herbe à investir dans cette marque plus économique.

Daniel, chantre des instruments abordables, a vendu ses instruments aux magasins de musique sous le nom Danelectro, à Sears sous le nom Silvertone et à Mongtgomery Ward sous le nom Airline.

Le travail le plus important mené par Daniel débute avec le boum du développement de la guitare électrique. À cette époque, les innovations sont légion et tous les fabricants se battent sur les prix. Avec leurs caractéristiques et leurs fonctionnalités uniques, les guitares de Daniel ne ressemblent à aucune autre et ne sonnent comme aucune autre, en partie grâce aux micros lipstick.

En novembre 2016, j'ai écrit un article à propos de ces micros inventés par Nathan Daniel. Les retours, incluant ceux de son fils Howard Daniel, ont mis en lumière plusieurs incohérences dans l'histoire généralement acceptée de Danelectro.

J'en ai profité pour faire un bilan avec Howard, me basant sur ses souvenirs de l'époque où il travaillait à l'usine Danelectro.

Tout a commencé avec des amplis

L'histoire de Danelectro débute avec la naissance de la guitare électrique au début des années 1940. Daniel fabriquait alors des amplis à New-York, pour son compte. À l'époque, ses amplis sont parmi les plus fiables.

Danelectro Sherwood amp

Un ampli des 1950, le Sherwood de Danelectro

Daniel travailla avec Epiphone pendant plusieurs années avant de créer en 1946 sa propre marque : Danelectro. Peu de temps après, il développe la première usine de fabrication d'amplificateurs à grande échelle, fournissant à Sears et Montgomery Ward des amplis pour leurs propres marques. Nathan Daniel était à la pointe de l'innovation, il expérimenta très tôt les tremolo, les reverb et les alimentations hybrides sur ses amplis.

Pendant notre conversation, Howard m'a dit que son père était vraiment déçu car ses amplificateurs étaient considérés comme inférieurs aux autres marques à l'époque de leur mise sur le marché. En fait, ses premiers amplis ont plutôt très bien vieilli, et sont devenus des classiques recherchés depuis qu'ils ont été adoptés par des utilisateurs comme Jack White ou Dan Auerbach. Alors que ce regain d'intérêt pour les amplis Silvertone est tout récent, les guitares Danelectro ont toujours gardé leur popularité.

La naissance des guitares Danelectro

En 1954, Daniel décide de mettre sur le marché une ligne de guitares électriques qui, comme celles de Leo Fender, possèdent un design volontairement très éloigné des guitares acoustiques. Daniel avait plus d'expérience dans le domaine de l'électronique que dans celui de la lutherie, il apprit donc le métier. Howard Daniel se souvient de cette période : « Papa avait demandé à un ami - Je ne sais plus si c'était à D'Angelico ou à Maccaferri - comment espacer correctement des frettes. On lui donna une formule mathématique, il alla à la banque pour y récupérer une machine à calculer. Après quelques heures de travail, il avait tout compris ! »

Tout comme Les Paul, Daniel travaillait toujours dans la perspective d'améliorer ses instruments, de les rendre encore plus abordables. D'après Howard, son père considérait les trussrods comme des « solutions temporaires. » Daniel travailla donc beaucoup sur des renforts pour ses manches, il réussit aussi à réaliser des économies en utilisant des écrous en métal et il fut l'un des premiers à utiliser un système d'ajustement des micros, avant que Fender ne fasse de même.

Les micros lipstick furent également une véritable innovation, facilement assemblés et très peu sensibles aux interférences. Howard nous a fait savoir que ce n'était pas des pièces de surplus issues de chez Max Factor comme indiqué précédemment.

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Par e-mail, Jerry Jones un fan et fabricant, m'a confirmé cette information. « D'après ce que je sais, Danelectro devait se fournir en boîtiers pour ses micros via le même fournisseur que nous utilisons actuellement : Lakewood Metal Products dans le Connecticut. On en commande en général 20 000 d'un coup et ils nous sont livrés bruts, il ne nous reste qu'à les plaquer. À propos des aimants, il y avait trois tailles différentes et tous étaient des Alnico 6. »

Le modèle économique de Dalenectro était le suivant : vendre moins cher des guitares qui sonnaient vraiment bien et gagner de l'argent sur celles estampillées Silvertone et Airline. cette façon de faire fit de Danelectro l'un des premiers fabriquant de masse de guitares. D'après son fil Howard, « L'usine grandissait tout le temps. On fabriquait des guitares l'été pour se préparer au rush de Noël. Beaucoup de personnes travaillaient le week-end pour pouvoir répondre à la demande. »

Coral Electric Sitar

Sitar électrique Coral

Même si la marque Danelectro est souvent synonyme de « guitares pas chères, » Daniel fut responsable de beaucoup d’innovations dans le monde des instruments à cordes. En duo avec Fender, Danelectro fabrique les premières basses abordables ayant un bon son. Le fabricant de cordes D’Addario reçut l'aide de Daniel pour le développement des premières cordes pour basses électriques. Daniel développa les premières basses à six cordes et les premières guitares baritones.

Dans sa recherche constante de la nouveauté et de l'unique, Daniel s'est associé avec le joueur Vinnie Bell pour designer un sitar électrique sous le nom Coral. Bien plus facile à jouer, pour un guitariste, qu'un sitar classique, le sitar électrique Coral a participé au son psychédélique des années 1960. Bell et Daniel ont aussi créé le Bellzouki qui fut l'une des premières guitares électriques 12 cordes mise sur le marché. Le manche à 31 frettes de la Guitarlin permettait au guitariste de jouer des notes réservées normalement à la mandoline.

La perte de vitesse de Danelectro

À la fin des années 1960, Daniel était déchiré entre, étendre son activité de fabrication d'instruments de musique, ou la ralentir. Howard indique sur ce point : « Je n'étais pas intéressé pour reprendre la suite, papa a donc cherché d'autres façons de transmettre son entreprise. » Après un voyage au Japon, Daniel vend Danelectro à MCA tout en restant le président de Danelectro. Ce fut une période faste pour Daniel avant la chute des ventes sur le marché de la guitare.

Les relations qu'entretenait Daniel avec Sears avaient toujours tenu, malgré les changements au sein de l'entreprise. Mais finalement, après la vente de Danelectro les choses ont changé. « MCA a changé le modèle de vente et Sears a préféré laisser tomber la marque. » se souvient Howard.

Sa source de revenus principale étant épuisée, Danelectro commence à sombrer. La marque subsiste encore quelques années, vendant des sitars sous le nom Coral et écoulant les stocks assemblés par Dan Armstrong, le constructeur connut pour avoir conçu la guitare lucite.

Les guitares Danelectro survivront pourtant à la marque, leur simplicité et leur robustesse leur permettent de bien vieillir. Leurs prix peu élevés ont permis quelles soient assez facilement disponibles sur le marché de l'occasion.

Le retour

Dans les années 1990, Steve Ridinger d'Evets Corporation cherchait à acquérir une marque connue d'instruments de musique. J'ai eu la chance de parler avec Ridinger qui m'a dit : « Nous voulions travailler sur l'héritage et l'histoire d'une marque. Nous avons examiné beaucoup de marques disponibles et Danelectro semblait vraiment parfaite. »

À la base, il n'était pas question de refaire des guitares. « Nous avions acheté la marque pour vendre des pédales, les guitares sont revenues à l'ordre du jour suite à la demande » ajoute Ridinger. Finalement, face à la pression, Evets choisit de ressortir le modèle U2 de 1956 et de le présenter au NAMM 1998. « C'était complètement fou ! » Se souvient Ridinger. « Nous étions complètement submergés par les commandes de guitares. Même les gosses qu'on avait emmenés avec nous pour nettoyer les guitares voulaient en commander. »

Coral Electric Sitar

Mosrite inspirée par une Danelectro 64

À cette époque, Jerry Jones fabriquait, à Nashville, des copies de guitares Danelectro très recherchés. Ses modèles de qualité ont permis de garder vivant le son et l'identité de la marque à travers des modèles douze cordes et des basses six cordes. La plupart des douze cordes électriques que vous entendez sur des enregistrements de Nashville sont des instruments fabriqués par Jerry Jones.

Depuis cette époque, les nouveaux modèles Danelectro ont perdu en popularité, mais ils n'ont jamais disparu. La production d'Evets s'est déplacée de la Corée vers la Chine et est de nouveau de retour en Corée. À côté des rééditions précises de modèles Danelectro, la société a créé des modèles originaux comme les modèles inspirés de Mosrite. On pourrait également écrire un article entier sur les pédales Danelectro.

Danelectro et Silvertone ont prospéré avec leurs designs uniques au milieu d'un marché dominé par la copie. Lorsque je discutais avec Howard Daniel, il m'indiquait être déçu de penser que seules les formes créent par son père étaient reconnues, bien plus que ses innovations techniques. Mais la plus grande force de ces guitares, c'est que rien ne sonne comme une Dano ! Tout comme la Stratocaster, la Telecaster ou la Les Paul, ces guitares Danelectro ne disparaîtront jamais

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