« C'est l'achat d'une certaine guitare par John Lennon qui marqua un tournant dans l'histoire de Rickenbacker », explique Martin Kelly, auteur du tout nouveau livre Rickenbacker Guitars : Out Of The Frying Pan Into The Fireglo. Vous connaissez peut-être déjà son précédent ouvrage, Fender : The Golden Age, c'est maintenant au tour d'un autre grand fabricant de guitares d'être au centre de l'attention. J'ai moi-même pu écrire quelques livres sur Rickenbacker, et je peux honnêtement affirmer, la main sur le cœur, que le livre de Martin Kelly sur Rickenbacker est le plus abouti et le plus complet.

Tout comme pour leur livre sur Fender, Martin et son frère (et photographe) Paul Kelly ont rassemblé dans ces 336 pages une collection époustouflante d'instruments, ainsi qu'un éventail éblouissant de catalogues, de publicités, de photos, etc. Le tout est accompagné d'un texte très bien documenté qui raconte l'histoire complète de Rickenbacker, depuis les origines de la société dans les années 30 jusqu'aux créations les plus récentes.
Out Of The Frying Pan Into The Fireglo est un ouvrage volumineux, détaillé et passionnant. J'ai donc demandé à Martin Kelly de nous raconter quelques-unes des histoires qui se cachent dans son nouveau livre.
Pour commencer, nous nous sommes penchés sur l'achat réalisé par un jeune guitariste de Liverpool dans un magasin de musique allemand, et sur le lien entre cet achat et la popularité croissante de la Rickenbacker dans les années 60. « Lorsque Lennon achète cette 325 en 1960 », explique Martin, « cela marque un moment très important dans l'histoire de la Rick. Je pense qu'il avait vraiment envie d'acheter une Rickenbacker, et quand il a vu cette 325 dans un magasin de Hambourg, ça a résonné en lui. Et cette vente a poussé le distributeur britannique Rose-Morris à s'intéresser de plus près à Rickenbacker. »
Martin explique comment Rose-Morris a permis à la Rickenbacker de se retrouver sur le devant de la scène lors de la vague musicale qui a secoué la Grande-Bretagne des années 60. « À cette époque, en 1964 », dit-il, « ce n'était pas seulement quelques musiciens célèbres, comme les Beatles, qui jouaient sur des Rickenbackers. Grâce aux efforts de Rose-Morris, on les voyait soudainement apparaître dans les mains de très nombreux groupes célèbres : The Who, The Animals, The Hollies etc. Sans oublier The Moody Blues, dont le single « Go Now » a été numéro un et pour lequel Denny Laine, le chanteur, joue sur une Rickenbacker. Gerry Marsden, lui aussi, a pu exhiber sa Rick 12-cordes à de nombreuses reprises. »
Tout comme les six cordes et les 12 cordes de la marque, les basses Rickenbacker ont également rencontré un franc succès. « Pink Floyd, The Pretty Things, The Kinks, etc. ont joué sur des basses Rickenbacker », raconte Martin. « Chris Squire de Yes a eu la sienne à l'époque, et même si cela a pris quelques années de plus, sa promotion de la Rickenbacker a bien marché et les ventes ont explosé dans les années 70. Mais dans ces années clés du milieu des années 60, on trouvait déjà des Rickenbackers un peu partout en Grande-Bretagne. Et il n'aurait pas pu y avoir de meilleur endroit ni de meilleur moment pour que cela se produise. »
Quelle était l'importance du distributeur britannique Rose-Morris pour le fabricant californien Rickenbacker ? « Rien qu'en 1964, 40 % de la production de Rickenbacker est arrivée chez eux », dit-il. « C'est un chiffre élevé ! Leur première commande de 350 instruments s'est vendue instantanément. Et encore une fois, le timing était bon. L'achat d'une 360/12 par George Harrison a vraiment mis le feu aux poudres. »
Pour ses recherches, Martin s'est plongé dans les vastes archives de Rickenbacker, véritable trésor de cette entreprise familiale. « J'aurais pu passer un an là-dedans », ajoute Martin en souriant. « Je passais mon temps à fouiller dans leurs dossiers, et souvent, quelque chose d'inattendu en sortait. Nous avons montré dans le livre une maquette de la publicité pour la guitare Astro à monter soi-même, sur laquelle je suis tombé en fouillant dans une pile de documents sans rapport. »
Une autre fois, en fouillant dans un tiroir à cartes rempli d'affiches : « Et puis, tout à coup, je suis tombé sur un plan de la guitare Rickenbacker Combo , signé par le graphiste responsable, Hunt Lewis, et daté d'avril 1954. Ce document qui semblait perdu dans les dossiers était celui qui a vraiment marqué la naissance de la guitare électrique « moderne » Rickenbacker. C'était une grande découverte, que j'ai eu plaisir à ajouter au livre. »
En 1954, Roger Rossmeisl arrive chez Rickenbacker, il est la personne la plus importante dans le développement du design des Rickenbackers dans les années 50 et au début des années 60. Martin a pu montrer ce développement à l'aide de grandes illustrations qui documentent ce qu'il appelle l'intuition de Roger pour un design fluide et la façon dont chaque nouveau modèle de Rick électrique standard se fond dans le suivant.
« Roger avait un excellent coup d'œil et était un fabricant de guitares phénoménal », raconte Martin. « Pendant les premières années, jusqu'au début de l'année 57 environ, le propriétaire de Rickenbacker, F.C. Hall, ne lui laissait pas beaucoup d'initiatives. Et lorsque ce fut le cas, Roger a fait des choses incroyables. On retrouve certaines influences des guitares qu'il fabriquait à Berlin à la fin des années 40 et au début des années 50, avant de s'installer en Amérique, comme les ouïes en forme d'œil de chat. Dans les années 50, chez Rickenbacker, ses conceptions passent de la Combo au corps en forme de tulipe, puis à la forme 'cresting wave', et enfin à celle que tout le monde connaît maintenant comme la forme classique de la Rick, appelée à l'origine la Capri, lorsqu'elle est apparue à la fin des années 50. »
Suite à une lutte pour le pouvoir chez Rickenbacker, Roger est parti en 1962 pour travailler chez Fender, il est malheureusement mort jeune et de manière tragique après son retour en Allemagne dans les années 70. Les recherches de Martin pour son livre l'ont conduit jusqu'à l'ex-femme et au fils de Roger, qui vivent toujours dans la maison qu'il possédait lorsqu'il a rejoint Fender. « Ils ont encore les meubles d'origine », explique Martin, « c'était comme entrer dans la maison de Roger en 1962. »
Avant de les rencontrer, Martin leur avait demandé s'ils possédaient du vieux matériel de l'époque où Roger jouait de la guitare, mais tout avait disparu. « Je suis arrivé en retard à mon rendez-vous avec eux, et pendant qu'ils attendaient, son fils, qui s'appelle aussi Roger, a trouvé deux boîtes pleines de tout un tas de vieux documents fantastiques - catalogues, lettres, carnets, de nombreuses choses incroyables qui m'ont énormément aidé pour le livre. Si vous vous rapprochez suffisamment de la source, très souvent, tout est là. »
De nombreux fans du fabricant considèrent que « Rickenbacker » est le parfait synonyme de « 12-cordes électrique ». Martin pense que l'air était empli d'une rare odeur d'aventure lorsque la Rick 12 a été conçue au siège de la société en Californie, au début des années 60.
« Je pense que quelque chose de magique s'est produit entre le modèle 12 cordes et les micros des Rickenbackers. C'est comme si ces micros avaient été conçus pour ces 12 cordes. Ce sont des micros qui sonnent bien, mais avec une 12 cordes, il y a quelque chose d'unique. C'était l'association de ces micros avec ces cordes. », dit-il. « Tout à coup, tout s'est réuni sur cet instrument pour créer quelque chose de parfait. Et je pense que beaucoup de gens diraient la même chose pour la basse Rickenbacker. »
C'est dans ce livre que vous trouverez le plus grand nombre de photos de Rickenbackers rares, convoitées et photographiées avec soin. Tout cela a été rendu possible grâce à l'aide de généreux collectionneurs qui ont aidé Martin et Paul en leur donnant accès aux guitares et à de précieuses informations. Y a-t-il eu des favorites, Martin ?
Il me parle de la légendaire El Toro, considérée pendant une soixantaine d'années comme disparue, on la connaissait uniquement grâce à la photographie d'une personne tenant l'instrument à cornes lors d'un salon professionnel. Mais tout à coup, elle est réapparue dans un magasin de musique à Seattle, et c'était le moment parfait pour la photographier.
« Il y a une 360 round-top, à 6 cordes, en noir, qui m'a vraiment parlé », raconte Martin à propos des guitares qu'il a pu voir lors des nombreuses séances de photos. « Parfois », ajoute-t-il en riant, « on ne s'imagine pas tout ce qu'un instrument peut nous faire ressentir. Les Rickenbackers ne sont pas au goût de tout le monde, que ce soit au niveau du jeu ou du son, mais je pense que l'on peut s'accorder sur le fait que ce fabricant a créé certains des instruments les plus beaux et les mieux fabriqués qui soient. »
Martin décrit deux de ses modèles préférés : « Il y avait deux modèles 390 carved-top de Roger Rossmeisl provenant de la collection de chez Rickenbacker, et elles étaient tout simplement... », il s'arrête, submergé par l'émotion de ce souvenir, « elles étaient tout simplement hallucinantes à tenir. Elles représentaient Roger, l'excellence. Et je me suis dit, 'Ah, tu étais vraiment fort'.»
Rickenbacker Guitars: Out Of The Frying Pan Into The Fireglo est disponible chez Phantom Books.
À propos de l'auteur : Tony Bacon écrit sur les instruments, les musiciens et la musique. Parmi ses livres figurent Rickenbacker Electric 12-string, The Bass Book, et Legendary Guitars. Tony habite à Bristol, en Angleterre. Plus d'informations sur tonybacon.co.uk.