Steve Harris est la pilier du groupe Iron Maiden. Après avoir formé le groupe en 1975 et atteint le statut de star internationale, il en reste encore aujourd’hui le bassiste et le principal compositeur. Et on sait lequel de ces rôles clés a la priorité. « Je suis plus intéressé par l'écriture de bons morceaux », explique-t-il. « Je n'ai jamais cherché à être un super bassiste. Steve Harris sait rester modeste. Mais il a beaucoup de choses à nous apprendre sur le rôle de bassiste.

Je l'ai interviewé en 1992, juste avant la sortie du neuvième album studio d'Iron Maiden, Fear of the Dark. Nous nous sommes donnés rendez-vous chez Steeve, au manoir de Sheering Hall en Angleterre, là où se trouvait également le studio Barnyard où avait été enregistré l’album.
J'ai été un peu déçu quand il a suggéré de faire l'interview dans un pub, car je mourais d’envie de découvrir son immense demeure. Sauf qu’il s'agissait du pub personnel de Steve, le Horse & Cart, et qu’il se trouvait dans une des nombreuses pièces de son manoir. Il y avait une table de billard, de la Ruddles County à la pression et, de toute évidence, aucune heure de fermeture.
Nous avons pris une pinte et nous nous sommes installés pour démarrer ce qui allait être une longue discussion sur le rôle de la basse dans la musique d’Iron Maiden.
Quand avez-vous commencé à jouer de la basse ?
J'ai commencé assez tard - 17 ans - comparé à beaucoup de gens qui débutent vers 11, 12 ans. Mais si on commence trop tôt, on en a déjà marre à 18 ou 19 ans. Donc c’était mieux pour moi de commencer tard. Je ne voyais pas l'intérêt avant. J’écoutais de la musique, des groupes et tout ça, mais je ne me suis sérieusement intéressé à la musique que vers l'âge de 15 ans.
Pourquoi la basse ?
Probablement parce que je ne pouvais pas choisir la batterie. C’est ce que voulais faire au départ. Mais je n'aurais jamais pu jouer de la batterie - je n'avais pas assez de place pour l’installer et m'entraîner. Je me suis dit qu’il fallait que je trouve un instrument qui allait bien avec la batterie. J'ai toujours aimé le rythme et la puissance de la basse et de la batterie.
Un jour, quelqu'un m'a dit : « Tu dois apprendre la guitare acoustique avant de pouvoir jouer de la basse. » Je n’y connaissais rien à l'époque, alors j'ai appris quelques accords avec une acoustique, puis j’ai laissé tombé, car je ne voyais pas l'intérêt. Du coup, je suis allé m'acheter une copie Shaftesbury d'une basse Fender Telecaster.
Vous l'avez beaucoup utilisée ?
Je crois que je l'ai gardée six mois, avant l’échanger pour une Hayman. La marque a été rachetée plus tard par Shergold, mais ils n'ont pas changé le nom sur les guitares. J’en avais une que j’ai gardée un bon bout de temps.
La première Fender que j'ai achetée était une Jazz Bass, mais je n’ai pas accroché. Puis j’ai essayé la Precision. La Fender Precision est une basse que j’aime beaucoup, j’en utilise toujours aujourd’hui. J'aime la rondeur de la Precision. Je peux obtenir beaucoup de haut, et de vrai médium, le milieu, tout, et tout est vraiment solide.
Entre temps, j'ai essayé des tas de basses différentes. J'ai eu une Rickenbacker pendant un moment, j'ai aussi eu une Gibson Thunderbird. En fonction des artistes qu’on admire, on va vouloir essayer telle ou telle guitare . La Gibson Thunderbird a été utilisée par Entwistle, Martin Turner, Pete Way, qui sont des bassistes totalement différents, avec des sons totalement différents. J’ai voulu en essayer une parce que j'aimais vraiment leur jeu et leurs sons. Mais quand je l’ai eue en main, j'ai détesté. C'était horrible, elle n’était pas du tout faite pour moi.
Est-ce que tu te souviens du premier truc que tu as appris à jouer ?
[Pause.] Je ne crois pas, non. Je me souviens avoir essayé de jouer du Free, Black Sabbath, Wishbone Ash, des trucs comme ça, mais pas du premier morceau que j'ai appris. Je me souviens avoir eu des difficultés avec le riff de « Paranoid » [il chante la partie rapide du riff], cette partie-là, je ne pouvais pas la jouer au début. Mais ça devait faire à peine un an que je m’entraînais.
Je ne me suis jamais forcé à jouer, je préfère laisser venir l’envie, vous voyez ? Aujourd’hui je ne m'entraîne plus pendant des heures, je prends ma basse seulement quand j’en ressens le besoin. Cette fois-là, je l'avais laissée de côté pendant quelques jours, et quand j'ai réessayé, j'ai pu jouer la partie. Si vous vous acharnez à essayer de faire quelque chose, vous finissez par être frustré.
Qu'est-ce qui vous a semblé le plus difficile lorsque vous avez commencé à apprendre la basse ?
L'action sur ma guitare [rires]. J'aurais probablement pu mettre mes doigts en dessous et jouer ! Je ne savais pas comment régler le truss rod à l’époque. C'est comme pour tout, on apprend de ces erreurs, au fur et à mesure, en s’entraînant.
À quel moment avez-vous décidé qu’il était tant de sortir de votre chambre pour jouer avec d’autres musiciens ?
Après 10 mois de pratique, je me suis produit pour la première fois en concert pour un concours de groupe à Poplar [est de Londres], le Aberfeldy Street Festival. C'était avant la formation de Maiden en 1975, donc ça devait être vers 1973. Le groupe s'appelait Influence, et nous avons ensuite changé notre nom en Gypsy's Kiss. Nous avons joué trois de nos compositions.
On devait jouer seulement un quart d’heure, mais j’étais mort de trouille, car il y avait un morceau où je devais faire une intro à la basse. J'étais tellement nerveux que je me suis complètement foiré. Le chanteur pensait que je m'accordais [rires]. Une fois que le reste du groupe est arrivé, ça allait mieux. J’ai pu assurer le reste. Mais c'était la première fois que je montais sur scène. Il y avait pas mal de monde, parce qu'il y avait beaucoup de groupes différents, des groupes de pop, un groupe de reggae, des trucs comme ça.
Vous avez gagné ?
On a fini deuxième. La rumeur selon laquelle il n'y avait que trois groupes n'est pas fondée [rires]. Huit ou neuf, je crois. Et j’en garde quand même un bon souvenir. On a fait que cinq autres concerts après ça, des vrais concerts dans des pubs, au Cart & Horses à Stratford, au Bridge House à Canning Town [tous deux à l'est de Londres], puis nous nous sommes séparés.
Je pense que j'utilisais ma basse Hayman à ce moment-là. On a joué trois ou quatre de nos propres compositions et des reprises : Wishbone Ash, Sabbath, Free, Thin Lizzy, ce genre de choses. Puis je suis parti jouer dans un autre groupe après avoir lu une annonce dans le journal. Ils étaient un peu plus âgés que moi, ils avaient tous 26 ou 27 ans, moi j'en avais 18.
Vous avez dû auditionner ?
Oui, je suis allé dans un endroit qui se trouvait près de Tottenham way [au nord de Londres]. Ils répétaient à l'arrière d'un pub. Ils jouaient plus des trucs blues-rock, les premiers Fleetwood Mac, Savoy Brown, ce genre de trucs, et du rock, Wishbone Ash, Free, c’est ce qui m’avait motivé à auditionner. Je n’étais pas trop branché blues-rock, mais j’ai pensé que ça pourrait être une bonne expérience. Et quand je suis arrivé, je leur ai fait faire un peu de Montrose et des trucs un peu plus hard-rock.
Qu’est-ce que vous n’aimiez pas dans le style blues-rock ?
J'aimais bien jouer ce style, parce que je n'avais jamais vraiment joué ce genre de choses auparavant, mais je n'ai jamais vraiment été un grand fan de blues. J'aime les trucs influencés par le blues. Free a évidemment été influencé par le blues, mais ils ont réussi à emmener le groupe ailleurs, et c’est ce qui m'intéressait par rapport au blues pur et dur. J'aimais bien jouer du Fleetwood Mac et tout ça à l’occasion, pas tous les jours.
Il y avait deux frères jumeaux qui jouaient de la guitare dans le groupe, et ils étaient à fond dans le blues. Ils prenaient un album et disaient « essayons du Savoy Brown », tandis que je choisissais toujours un truc très rock.
Je pense que c'est la raison pour laquelle nous nous sommes séparés, les premiers morceaux que j’ai écrit pour le groupe étaient beaucoup plus basés sur du rock heavy, et ce n'était pas vraiment la direction qu'ils voulaient prendre. J’ai donc décidé de partir et de former mon propre groupe pour pouvoir enfin faire ce que je voulais.
C'est à ce moment-là que j'ai formé Iron Maiden, en 1975. J'ai dû faire 30 ou 40 concerts avec Smiler, et grâce à cela, j’avais acquis beaucoup d’expérience. J’avais noué de bons contacts lors de ces concerts, ce qui m’a permis par la suite d'obtenir facilement quelques dates concerts pour Iron Maiden. Parce que Smiler avait eu un peu de succès.
Est ce que vous avez eu l’impression d’avoir trouvé votre style à ce moment-là ?
Je n’ai jamais analyser ma façon de jouer. Je ne me suis jamais dit : « il faut que je trouve mon propre style. » Tout le monde a envie de se démarquer. C'est arrivé naturellement, en écoutant beaucoup de groupes différents.
Nos influences étaient vastes : de Free à Black Sabbath en passant par Jethro Tull, Pink Floyd, King Crimson, Yes, Wishbone Ash, Thin Lizzy, Golden Earring et bien d'autres encore, beaucoup de styles de musique différents. Il n'y a jamais eu d’interdit. C'est souvent du rock, mais pas que.
Les gens doivent dire : « Ah oui, Steve Harris, le type qui tricote sur seize notes »
Ce n’est pas faux [pause], mais ce n'est qu'une partie de mon travail. Il y a eu trois ou quatre morceaux de ce genre, « The Trooper », « Evil That Men Do », des trucs comme ça. « The Trooper » était un grand morceau, beaucoup de gens l'adorent, mais nous avons fait beaucoup de choses différentes. Ce type de morceau est très offensif... Vous pouvez le jouer à un rythme soutenu. Vous mettez deux harmonies par-dessus, peu importe, et ça marche.
On peut dire ce que l’on veut sur ma manière de jouer, je suis plus intéressé par l'écriture de toute façon. Je ne me suis jamais soucié d'être un grand bassiste. Bien sûr, il est important pour moi d’avoir un bon niveau de jeu, mais je n'ai jamais cherché à être en haut du classement.. Il arrive parfois que des gens arrivent en tête des sondages sans être de grands ou de bons musiciens, ils se retrouvent souvent là grâce à la popularité du groupe. Je ne me rabaisse pas, je suis simplement réaliste.
« On peut dire ce que l’on veut sur ma manière de jouer, je suis plus intéressé par l'écriture de toute façon. Je ne me suis jamais soucié d'être un grand bassiste. »
La plupart des artistes actuels sont probablement techniquement meilleurs que moi, mais la vraie question est de savoir si les gens aiment les écouter au sein d'une structure de morceau. J'ai toujours pensé qu'il était plus important de jouer dans le cadre d'un morceau, que de prendre des risques et de faire un gros solo. Beaucoup de gens me demandent : « Mais pourquoi tu n’as pas fait un solo de basse ? » Parce que c’est chiant ! Pendant toutes ces années où je suis allé voir des groupes en concert, je n'ai vu que trois bassistes faire des solos de basse vraiment intéressants.
Je pense à Billy Sheehan, à l’époque où il était avec Talas. Ce qu'il faisait était tout simplement scandaleux. Il y avait aussi Rinus Gerritsen de Golden Earring, c’était il y a 15 ans [en 1992], et à l'époque j'avais trouvé ça brillant.
À la même époque, je suis allé voir Nectar et ils avaient un groupe allemand en première partie appelé Kraan. Je n'avais jamais entendu parler d'eux à l'époque, et le bassiste [Hellmut Hattler avec sa Rickenbacker 4001] a fait ce solo qui était tout simplement incroyable, scandaleux. C'était tellement bien qu'il s'était même arrêté en plein milieu et avait dit au public : « Attendez, vous êtes en train d'applaudir à contre-temps. » Il les a ramenés sur le bon tempo, leur a dit « OK » et a continué. Faut être assez sûr de soi, non ?
Pour vous, c'est donc une question de savoir si un bassiste retient l'attention ou non.
Oui, il y en a qui font des choses intéressantes, mais trop complaisantes, ou qui durent trop longtemps. On s’ennuie. Il n'y a pas que les bassistes : c'est la même chose avec la batterie. Je me rappelle d’un concert de Zeppelin à Earl's Court en 1975, ils étaient brillants, vraiment incroyables, mais il y avait un solo de clavier de 20 minutes, un solo de guitare de 20 minutes, un solo de batterie, presque une heure de solo en tout. Alors, oui, le concert durait trois heures, mais j’aurais préféré entendre autre chose. Voilà pourquoi on n’a jamais fait de solo.
On a laissé Nicko [McBrain] faire un solo de batterie lorsqu'il nous a rejoints pour la tournée de Piece Of Mind, parce qu’il était nouveau dans le groupe, et qu’il devait faire ses preuves. Mais c’est tout. On a essayé plusieurs fois différentes approches de solos de guitare, des trucs à la Pink Floyd plutôt qu'un gros solo de guitare, des effets de scène et d'autres trucs, mais après quelques tournées, on a arrêté.
C'est déjà assez difficile de trouver sa place sur tous les morceaux qu’on ne va pas compliquer les choses encore plus avec un solo. Et puis, on peut très bien montrer ce qu’on sait faire sur un morceau joué en groupe.
Qu’est-ce que vous aimiez dans le jeu de Billy Sheehan ?
Je n’avais jamais vu quelqu’un jouer de la basse de cette façon. C’était un peu comme s’il jouait sur une guitare. Je pense d’ailleurs que c’était un ancien guitariste. Il traitait la basse comme une guitare : les accords, mais aussi beaucoup de hammer-on et de trucs comme ça. C’était un excellent technicien, mais aussi un grand showman, il jouait derrière sa tête, il balançait sa guitare vers le haut, ce genre de choses.
Il a joué avec David Lee Roth, avec Steve Vai, et c'était tout simplement incroyable. Il est vraiment unique. Et ce qui est drôle, c'est qu’il a rencontré le succès avec Mr Big et le titre ["To Be With You"] où il joue de façon très « droite ». C’est le morceau qui compte le plus au final, c’est un peu lui qui mène la danse non ?
Certaines personnes m'ont dit : « Dans ce que tu fais aujourd’hui, il n’y a plus autant de technique ». Mais c'est parce que le morceau est structuré de telle manière qu'il n'en a pas besoin. Si je mettais des lignes de basse partout, la chanson serait ruinée. Bon... On se prend une autre pinte ?
Oh oui, avec plaisir. Et Rinus Gerritsen, le type de Golden Earring, il était comment ?
J'ai toujours aimé son style, je suis fan depuis des années. Je continue d’acheter tous leurs albums et les chansons qu’ils écrivent sont toujours aussi magnifiques. La première fois que je les ai vus, c'était en 1974, au Rainbow, avec Lynyrd Skynyrd en première partie, et ça m'a vraiment énervé, parce que même si j'aime Lynyrd Skynyrd et qu'ils étaient très bons, les critiques avaient tendance à les placer au-dessus de Earring. Et pour moi, il n'y avait pas de comparaison possible. Honnêtement, quand Earring est monté sur scène, c'était tout simplement incroyable. Skynyrd avait assuré, mais les critiques m'ont énervés.
Comment était le solo de Gerritsen ?
Il a fait des choses que je n'avais jamais vues auparavant. Il a utilisé des effets sonores que je n'avais jamais vraiment entendus auparavant, et son attaque était vraiment différente. Le son qu'il avait était une sorte d'agitation, une sorte de grognement [rires], avec beaucoup d’aigus. J'ai beaucoup aimé. C'est exactement le genre de son que je recherche en live.
Vous vous souvenez toujours de vos parties de basse sur scène ?
Est-ce qu’il m’arrive d’oublier ce que je dois faire, vous voulez dire [rires] ? Parfois, on a des blocages. Cela se produit généralement au début d'une tournée, et très souvent, sur des morceaux que vous avez joué pendant des années. Vous traversez la scène en courant et d’un seul coup vous oubliez tout - « Ah, merde ! » - mais heureusement, ça revient et vous réussissez à vous en sortir. Cela arrive à tout le monde.
Si je restais dans un coin à regarder ce que je joue, je ne me tromperais probablement pas. Mais il ne s'agit pas vraiment de cela, c’est l'adrénaline qui compte, la sensation d'aller sur le terrain et de foncer. Je m'ennuierais si je restais toujours statique. Un concert, c’est aussi physique que technique.
Il y a beaucoup de changements dans certains morceaux, beaucoup de choses à retenir.
Tout à fait, ce sont des influences qui viennent de Yes, Genesis, Floyd, Tull, ce genre de groupes. C'est ce que nous voulions faire, incorporer ces changements de temps avec la lourdeur de Sabbath, Purple, un peu de Zeppelin, et les guitares harmoniques de Wishbone Ash aussi. Donc oui, il y a beaucoup de choses qui se passent, mais on y arrive, surtout avec des trucs qu'on joue depuis longtemps, où on n'a même pas besoin d'y penser. Quand vous commencez à penser à ce que vous faites, vous faites des erreurs, croyez-le ou non.
Si vous commencez à vous demander : « Merde, mais qu’est ce que je dois jouer après ? » , c’est foutu. Tout le monde fait des erreurs. Bruce [Dickinson] arrive parfois sur scène en oubliant les paroles, et le pire, c'est qu'il est devant, donc s'il oublie le premier mot d'une ligne, c'est toute la ligne qui est foutue.
Évidemment, on aimerait que tout soit parfait. Mais je pense qu’on est assez constant sur scène. On fait parfois des pains - il y en a quelques-uns sur Live After Death [album et vidéo live de 1985] - mais ce n'est pas si mal. Je préfère sortir quelque chose qui soit représentatif de ce que nous sommes plutôt que de faire des tas d'overdubs.
Où en est votre technique aujourd’hui ?
J'ai toujours joué au doigt. Rares sont les fois où j'ai joué avec un médiator, où j'ai voulu faire quelque chose de vraiment scandaleux - doubler le rythme, par exemple. Sur le titre « Childhood's End » de notre nouvel album [Fear Of The Dark, 1992], il y a une sorte d'accord où je joue des notes simples sur un morceau et j'ai aussi rajouté un accord de basse. Au début, j’utilisais un médiator, mais ça ne me plaisait pas donc j’ai vite arrêté. Je le joue avec quatre ongles, presque comme un « scratchboard ».
Ça sonnait presque comme un médiator, alors que jouais en fait sur les quatre cordes, en grattant avec mes quatre ongles. C'était bien dans le mix, évidemment, je ne vais pas mettre autant de poids dessus, j'ai en fait mis des notes simples jouées avec les doigts, et je les ai mixées ensemble, pendant les chorus.
Si on joue ce morceau en live, je ne sais pas ce que je vais faire [rires]. Je vais sûrement devoir utiliser mes ongles. Dans les derniers albums, je joue beaucoup plus d'accords de basse pour apporter du muscle au son. J’ai tendance à jouer beaucoup d’accords sur la basse, souvent des barrés, tout en jouant les quatre cordes à la fois.
Vous utilisez les deux premiers doigts de votre main droite ? Et les ongles ?
Ces deux-là, oui. Quand j'enregistre, j'ai tendance à garder les ongles longs, pour avoir cette attaque d'aigus. Mais je ne peux pas faire ça en concert parce qu'ils se cassent. Quand tu es en live, tu a tendance à jouer avec plus de force. Je ne veux pas aggraver les choses, donc je les coupe.
Et vous vous blessez beaucoup les doigts ?
Oui, les deux premières semaines, j'ai des ampoules. Puis elles éclatent. Elles sont très, très douloureuses pendant quelques jours, puis elles deviennent très dures, et c'est tout. Je passe le reste de la tournée avec. Le seul problème, c’est que lorsque vous jouez dans un endroit très, très chaud et que vous transpirez beaucoup, vos mains deviennent douces, et cela change complètement votre son. Vos doigts ont tendance à s'enfoncer dans les cordes. Et on ne peut rien y faire.
C'est pour cela je préfère jouer dans des endroits un peu plus froids. En plus, ça permet de maintenir la puissance des aigus, l'attaque est plus régulière, les doigts restent durs et solides. La différence est énorme : c'est comme si quelqu'un avait mis un silencieux sur vos haut-parleurs. On essaye d'ajouter plus de haut-parleurs pour compenser, mais il n'y a pas grand-chose à faire.
Vous avez essayé de mettre des trucs sur vos ampoules pour les durcir ?
Oui, j'ai essayé. Ça ne marche pas. J'ai essayé un truc qui s’appelle Nu Skin, quand j'ai eu une ampoule qui avait éclaté, car c'était vraiment douloureux. Mais une fois que vous jouez, que vous faites monter l'adrénaline, vous oubliez. Ça fait un peu mal, mais vous serrez les dents et vous continuez.
Vous utilisez les quatre doigts de la main gauche ?
Oui, les quatre. Je fais beaucoup de ponts entre le premier et le dernier doigt, et je joue beaucoup d'accords de basse, comme je l'ai dit. J'ai tendance à avoir la peau assez dure sur le petit doigt, juste sur le bord extérieur, parce que je joue beaucoup de barrés.
Vous utilisez toujours desRotosound Jazz Bass à filets plats ?
Oui, au début, j'utilisais des cordes classiques mais si je devais jouer une partie plus calme, ça faisait tellement de bruit avec des aller-retours incessants que j’ai fini par passer sur des filets plats . En plus, on ne bouge pas autant les doigts vers le haut. Ils voulaient m’endorser, et j'ai dit oui, j'aimerais bien, si ça fonctionne.
Que pensez-vous de l’endorsement des artistes ?
Je ne mets pas mon nom sur quelque chose que je n'utilise pas. Je ne suis pas un collectionneur de guitares, je n’ai pas envie d’avoir un tas de guitares ou de basses qui ne me servent à rien, juste parce que je sais que je peux les avoir gratuitement. À quoi bon mettre mon nom sur un instrument et faire de la pub si je ne m'en sers pas. Et puis quelqu'un va l’acheter parce qu'il pense que je m'en sers, comme moi avec la Gibson Thunderbird et la Rickenbacker à cause de Chris Squire.
J'ai un contrat avec Fender depuis peu de temps, et je ne sais pas pourquoi on ne l’a pas fait avant. Je suis très content, parce que j’ai toujours utilisé leurs instruments. Je ne le fais pas pour avoir des guitares gratos [rires]. On est en train de réfléchir ensemble à une série signature. [Fender a sorti la première signature de Steve, la Precision, en 2001.]
Je viens aussi de passer commande au Custom Shop. J’avais fait peindre une Fender en noir et blanc il y a longtemps et j'ai demandé la même. lls ont fait un super boulot. Ce sera peut-être ma prochaine signature, même si ma Precision bleue reste la basse que j'ai le plus utilisée.
En général, je commence avec la Precision bleue et je vois comment réagissent les cordes, après, ça dépend vraiment de la température de la salle concert, parfois, je dois changer de guitare en plein milieu. S'il fait plus frais que d’habitude, je peux quasiment la garder jusqu’à la fin du set, voir faire tout le set avec. Je joue sur la bleue en priorité, et je passe à la noire et blanche au besoin. À l'origine, la bleue était blanche, je l'ai faite pulvériser en noir puis en bleu, et elle est restée comme ça depuis.
Sur notre nouvel album [Fear Of The Dark], j'ai dû utiliser cinq Précisions différentes, car elles sont toutes dotées de qualités différentes. Certaines sont un peu plus médianes, d'autres plus basses par exemple.
Comment l’expliquer ? Cela vient du bois, des micros utilisés ?
Les micros sont assez standards. Ce sont des Seymour Duncan, quasiment identiques à ceux de la bleue. On voulait faire un graphique pour les régler de la même façon, de sorte que si je changeais de guitare en direct, il n'y aurait pas trop de différence de son. Mais bien qu'elles soient toutes des Précisions, elles sonnent toutes légèrement différemment.
Je pense que cela dépend en grande partie de la densité du bois. Je pense notamment à ma Precision bleue, qui est très lourde et dense. Le Custom Shop a pris toutes les mesures, l'a pesé et m'en a fabriquée une autre à l’identique. Malgré cela, le son est différent. Je ne suis pas du genre à dire : « Les guitares vintage, c’est mieux ». Si la guitare est bien réalisée, je me fiche qu'elle ait été fabriquée la semaine dernière. Mais celle-là sonne mieux que toutes les autres.
Quelles sont les autres modifications que vous lui avez apportée ?
J'ai retiré le potard de tonalité très rapidement. Quand nous jouions sur des scènes plus intimistes, les fans se penchaient sur moi et touchaient les commandes. Je me disais : « Merde, où sont passés tous mes aigus ? Oh, ils ont baissé la tonalité ! » Du coup, on a débranché le câble, mais je ne pouvais pas débrancher le volume, car je dois pouvoir le monter et le baisser pendant le concert. Et je l’aurais su si quelqu’un avait baissé le volume.
Maintenant, si je veux changer la réponse dans les aigus, je lance un regard à mon bassiste et lui montre mon épaule avec un pouce en haut ou en bas. C’est notre code. Pour les basses je me tape le derrière. Tout le monde fait ce genre de choses, non ?
Euh, peut-être [rires]. C'est assez inhabituel pour un bassiste de se retrouver comme leader du groupe, je suppose que vous vous considérez comme tel ?
Oui et non. Je prends beaucoup de décisions, mais quand il s’agit d’un sujet important, nous nous réunissons et décidons ensemble. Mais quelqu'un doit prendre le taureau par les cornes. Parfois, il est tout simplement impossible de nous réunir tous les cinq au même endroit en même temps, donc quelqu'un doit prendre une décision au nom du groupe, et c'est généralement moi. Je ne pense pas que ce soit vraiment important de savoir qui c'est, du moment que quelqu'un le fait. Cela ne fait aucune différence.
Davey [Murray] qui fait partie des anciens du groupe comme moi ne s'intéresse pas du tout à ça. C'est un musicien au sens strict du terme. Tout ce qu'il veut faire, c'est se lever et jouer. Et c’est ce qu’il fait depuis toujours. Il est heureux. Parfois, je me dis : « Ne serait-ce pas merveilleux de faire ça ? Mais je sais que je ne serais pas heureux. J’ai besoin d'être impliqué, de savoir que ce sera bien fait.
Cela ne crée pas de tensions au sein du groupe ? Iron Maiden rapporte beaucoup d’argent, et si quelqu'un s’investit davantage, il doit gagner plus, non ?
Non, tout est réparti équitablement. La seule différence se situe au niveau de l'écriture. Dès le début, c’est moi qui écrivais tout, j’avais la pression. Pendant qu’il y en a un qui compose, les autres font autre chose, ils vont au pub ou partent en vacances...Il est donc normal qu’il soit payé pour ce qu’il fait. Mais en ce qui concerne les tournées, l'album et tout le reste, c'est le groupe.
En parlant de tournées, qu'est-ce que vous aimez avoir dans votre retour lorsque vous êtes en live ?
Je n’ai pas de basse dans mon retour, je n’ai en général que de la batterie. Si je suis sur une autre config, j’ai ma propre voix, la grosse caisse et la caisse claire. Davey et Janick [Gers] ont leurs guitares dans leurs retours.
Certains groupes aiment bien avoir beaucoup de guitares sur les side-fills, mais ça devient vite le bordel. Je ne sais pas comment le chanteur peut s'entendre avec tout ça. Evidemment, si vous jouez devant votre propre matos, vous vous entendrez bien. C’est bien d’avoir chacun sa zone délimitée. Parfois, pour certains morceaux, je dois retourner à ma place pour bien m’entendre.
Est-ce que vous avez encore le trac ?
J'ai toujours le trac, oui. Une demi-heure avant un concert en général. Parfois, je me sens un peu malade, j’ai des papillons dans le ventre, et puis une fois qu'on arrive sur scène, ça s'en va. Une fois que vous êtes sur scène, tout va bien. La seule fois où cela a duré plus longtemps, c'était à Donington [festival Monsters Of Rock, 1988], j’étais mal pendant les quatre premiers morceaux. Je suis très nerveux. J'ai fini par me dire : « Allez, ressaisis-toi, sinon tu vas tout foutre en l'air ! » Ça m’a calmé.
Que passe-t-il quand on joue en ayant le trac ?
On joue plus vite ! On joue plus vite en live de toute façon, à cause de l'adrénaline. Et on joue mieux quand on est au bord du gouffre. Mais si vous vous laissez emporter, ça devient désordonné, sans ombre ni lumière. Il faut faire attention à ne pas dépasser cette limite. C'est assez instinctif.
À propos de l'auteur : Tony Bacon écrit sur les instruments de musique, les musiciens et la musique. Il est co-fondateur de Backbeat UK et de Jawbone Press. Ses livres comprennent The Bass Book, The Ultimate Guitar Book et Electric Guitars : Design & Invention. Tony vit à Bristol, en Angleterre. Plus d'informations sur tonybacon.co.uk.