Du son de guitare distordu de Keith Richard sur le morceau des Rolling Stone’s « Satisfaction » aux morceaux nimbés d’auto-tune de T-Pain sur « Lollipop », la technologie participe très souvent à l’essor d’un nouveau son et parfois d’un nouveau mouvement musical. De tous ces instruments liés à la technologie, les claviers sont certainement les plus intimement liés à l’évolution des possibilités techniques.
Difficile de dire que les claviers d’aujourd’hui sont les mêmes que ceux fabriqués il y a un demi siècle. L’évolution qui a transformé le piano en orgue, puis en synthétiseur et en sampler ne laisse aucun doute, ces instruments ont autant de points communs que peuvent avoir un violon et une guitare. Retraçons ensemble l’histoire du clavier à travers les différentes décennies.
1960 : l’orgue Hammond
D'abord pensé et fabriqué pour les églises comme alternative aux énormes et coûteux orgues traditionnels à vent, le modèle électrique proposé par Hammond devint rapidement populaire durant les années 50 et 60 grâce à la musique gospel et au joueur de jazz Jimmy Smith. Alors qu’il était de plus en plus facile de se procurer un orgue, et que les modèles électriques trouvaient leur place dans la musique populaire aux côtés des guitares et des basses, les Hammond peuplèrent rapidement les scènes de toutes les salles de concert.
Le modèle plus connu, le B-3, était souvent branché dans une cabine Leslie offrant un son inimitable entendu de Sly and the Family Stone sur le morceau « Dance to the Music » à « Whipping Post » des Allman Brothers Band.
À ex aequo : Wurlitzer 200
Le Wurlitzer 200, introduit en 1968, devint rapidement une part essentielle de la musique Rythm & Blues américain et influença de nombreux musiciens à la fin de la décennie.
Années 1970 : le piano électrique Fender Rhodes
Le Rhodes a en fait été créé à la fin des années 60, mais c’est seulement grâce à Billy Preston reprenant dessus « Get Back » des Beatles qu’il fut connu pendant les années 70.
Le son clair, et chaud du Rhodes a été utilisé dans nombreux enregistrements de pop et de R&B comme avec Ray Charles sur son morceau « Shake A Tail Feather » dans le film des Blues Brothers mais aussi par Stevie Wonder sur des classiques des années 70 comme Innervisions, Talking Book ou Songs in the Key of Life.
À ex aequo : le Moog Minimoog
Le Minimoog s’est illustré par son utilisation dans l’album de Pink Floyd Dark Side of the Moon et sur « I Feel Love » de Donna Summer mais aussi sur « Autobahn » de Kraftwerk.
Années 1980 : le Yamaha DX7
Lors de sa mise sur le marché en 1983, le Yamaha DX7 fut une véritable révolution en terme d’utilisation, de prix abordable et de polyvalence. Ce clavier a défini le son d’une époque toujours aussi vivace aujourd’hui./p>
Le DX7 utilise une synthèse FM, qui est un système de synthèse bien plus complexe que le simple oscillateur / filtre / enveloppe du Minimoog. Le son de ce clavier est présent sur des morceaux incontournables comme « Take On Me » de A-Has et « Take My Breath Away » de Berlin.
Son réglage « Tubular Bells » était une arme de choix pour tout musicien de l’époque new age comme Enya, Brian Eno ou encore U2 sur « Where the Streets Have No Name ».
À ex aequo : le Roland Jupiter 8
Le Roland Jupiter 8 est une véritable œuvre d’art comprenant deux VCO discrets par voix, des filtres flexible offrant des sonorités fantastiques ainsi qu’un nombre de possibilités qui le mettent hors compétition.
Les années 1990 : le Korg M1
Alors que les synthétiseurs envahissent le marché dans les années 80, chaque constructeur cherche à faire mieux que son voisin. Le Korg M1 était l’instrument bâti pour cette époque, offrant de nombreux sons différents qui forgèrent de nouveaux courant musicaux. Des morceaux de house comme « Show Me Love » de Robin S. ou « Rhythm is a Dance » de Snap! reposent entièrement sur le son sexy du preset d’orgue du M1. Madonna utilisa même le M1 sur son hit « Vogue ».
Un détail amusant : c’est encore une fois le M1 qui est utilisé sur le thème de la série Seinfeld.
Années 2000 : le Korg Triton
S’il n’avait pas été une part si crucial du son de la musique rap des années 90, le ASR-10 aurait clairement pu définir le son des claviers des années 2000. Timbaland and The Neptunes utilisent le ASR-10 pour créer des beats de hip hop et de R&B utilisés sur « Get Ur Freak On » de Missy Elliott ou encore « Milkshake » de Keli, Kanye West l’a également utilisé sur des productions pour Jay-Z.
Mais c’est pourtant le Korg Triton qui représente le son des années 2000. Cherchant à répondre à la demande d’un studio tout en un, Korg créa un instrument qui était un synthétiseur, une boîte à rythmes, un sampler et un studio de mixage possédant une qualité audio exceptionnelle, le tout dans une seule boîte.
L’un des morceaux qui a marqué la décennie, « Yeah » de Usher a été produit par Lil Jon en utilisant le programme Sonik Synth 2 du Triton. C’est également pendant les années 2000 que le Korg's MiniKorg obtint une grand popularité, pour quelques centaines d’euros il était possible d’avoir un synthétiseur de bonne qualité.
À ex aequo : la série Nord Electro
C’est pendant les années 200 que les claviers Nord Electro devinrent de plus en plus populaire au sein des studios mais aussi sur les scènes du monde entier.
Années 2010 : le Moog Lil Phatty
Les logiciels ont pris de plus en plus de place dans la production musicale en raison des prix abordables auxquels il était possible de s’offrir un ordinateur.
Les logiciels comme Omnisphere ou Massive de Native Instruments on été utilisé pour des productions de hip hop mais aussi de dance. Certains musiciens utilisent ces logiciels avec des claviers MIDI, parfois ils programment directement les notes via Ableton ou FL Studio (Fruity Loops). Mais c’est dans années 2010 que le synthétiseur analogique revient sur le devant de la scène avec des marques comme Korg, Arturia et Dave Smith Instruments.
Korg est en quelque sorte responsable de ce retour aux classiques avec la sortie en 2007 du Lil Phatty, un synthétiseur abordable qui envahira les studios dans les années qui suivirent sa sortie.
À ex aequo : le Arturia Minibrute
Le Minibrute d'Arturia fut l’un des dignes successeurs de cette nouvelle mode pour les synthés analogique lancée par le Phatty.
À ex aequo : le Dave Smith Mopho
Le Dave Smith Mopho a également été très populaire au début des années 2010, offrant sous un format réduit un son analogique très polyvalent.