Voilà maintenant plusieurs années que les potins de stars et autres anecdotes croustillantes se multiplient sur les réseaux, relayés par des internautes du monde entier. Même s'il existe une part de vérité dans certaines de ces légendes urbaines, il faut bien s’efforcer de constater que les meilleures partent souvent d’une invention délirante et de grand n’importe quoi.
Ce qui ne veut pas dire qu’il soit ininteressant de les étudier d’un peu plus près et de chercher quelle vérité est cachée derrière.
Au fil des années, un nombre incalculable de légendes urbaines ont fleuri au sein du monde de la guitare, la plupart concernant les plus grandes légendes de la sphère musicale. Et le plus étonnant dans tout cela, c’est la crédulité des lecteurs quant aux histoires les plus effarantes ayant jamais existé.
Nous avons donc décidé de parler de trois des légendes urbaines les plus invraisemblables du monde de la guitare, en se focalisant aujourd’hui sur les stars du blues. Si vous êtes fan de Robert Johnson, Stevie Ray Vaughan, Satan, ou de milliardaires esseulés collectionneurs de Les Paul, cet article est fait pour vous.
Robert Johnson et la vente de son âme au diable.
N’importe quel « rock’n’roller » ou joueur de blues averti connaît l’histoire de Robert Johnson et de la légende du carrefour.
Cette histoire est à la base d’un nombre impressionnant d’œuvres d’art et a été racontée de dix mille façons différentes. Pour les non-initiés, voici la légende :
Robert Johnson, alors timide bluesman aspirant, est passé brutalement du statut de jeune joueur médiocre Mississippien au meilleur guitariste et chanteur du pays, seulement quelque temps après avoir déserté la ville. À son retour, ses amis musiciens sont ébahis par ses progrès et jurent qu’il ne peut y avoir qu’une seule explication : Robert Johnson a vendu son âme au diable, quelque part au milieu d’un carrefour de la ville de Clarksdale dans le Mississippi.

Alors qu’aujourd’hui, ce genre d’histoire mystérieuse et glauque pourrait vous provoquer un bon fou rire ou au pire vous faire passer un court séjour dans un hôpital psychiatrique, c’était à l’époque un bon moyen marketing pour se faire connaître.
Dans l’Amérique des années 30, l’importance de la religion et par conséquent la peur de satan étaient encore élevées. La musique blues était alors considérée comme la « musique du diable ». Dans cette optique, il n’aurait pas été étonnant que les musiciens les plus talentueux aient vendu leur âme au diable pour gravir rapidement les échelons plutôt que de s'entraîner pendant des heures dans l’espoir de s’améliorer un peu.
Selon la légende, Robert Johnson n’était pas seul au milieu du carrefour quand il a voulu vendre son âme au diable. Et si la légende dit vraie, il n’était pas non plus le premier.
Le mythe du carrefour en tant qu’objet marketing du monde de la musique provient d’un autre chanteur de blues prénommé Tommy Johnson qui fut représenté à l’écran dans le fameux film des années 2000 « O’brother, Where Art Thou » interprété par le musicien de blues Chris Thomas King et réalisé par les frères Coen. Pas mal de gens ignorant l’existence de Tommy Johnson ont confondu son personnage avec Robert Johnson, du fait de la similarité entre les deux histoires.
Pour être honnête, il est facile de se tromper. Dans la culture populaire, Robert Johnson est considéré comme le père fondateur du mythe du carrefour et cette affirmation est tout à fait légitime. Il a intentionnellement aidé à perpétuer la légende plus que n’importe quel autre musicien de blues, notamment avec les morceaux « Crossroads Blues » et « Me and The Devil Blues », poussant le vice jusqu’à dire à d’autres musiciens que c’est grâce à cela qu’il avait atteint un tel niveau.
Au fil des ans, l'anecdote a grandi et s’est muée en véritable légende, d’une part grâce au manque de documentations et d’informations vérifiables sur Robert Johnson, et d’autre part par le véritable pouvoir du mythe du carrefour.

« Grâce à cette histoire, Robert Johnson est lui-même devenu un mythe » a admis après sa mort, Robert « Mack » McCormick, principale spécialiste de Johnson. Selon lui, la plupart de ce qu’on nous savons sur Robert Johnson, en dehors de quelques anecdotes provenant de sa famille et de ceux qui l’ont côtoyé, sont essentiellement des contes et légendes.
Pour commencer, plusieurs Robert Johnson ont existé du temps de son vivant, dont d’autres joueurs de blues originaires du Delta, contribuant ainsi à renforcer le mythe. Une autre question de plus haute importance soulevée par McCormick est celle de savoir si Johnson, le pionnier du « club des 27 », est bien décédé en 1938 à l'âge de 27 ans, comme on le prétend depuis longtemps.
En effet, les doutes de McCormick étaient fondés sur le certificat de décès mis en circulation à l’époque et qui donnait la syphilis pour cause de mort (alors que la légende dit qu’il aurait été empoisonné). De plus, certains collaborateurs de Johnson affirment l’avoir vu jouer sur scène jusqu’en 1941.
Si cette dernière affirmation était vraie, il aurait été toujours vivant au moment où Alan Lomax s’était rendu au Delta pour tenter de le retrouver, et avait finalement découvert et enregistré à la place un jeune bluesman du nom de McKinly « Muddy Waters » Morganfield.
Autre trouvaille fascinante faite par McCormick : plusieurs personnes se seraient faites passées pour Robert Johnson en jouant sur scène des covers de ses morceaux bien après 1941 et avant la reconnaissance de l’artiste en tant que figure culturelle et musicale au début des années 60.
Ajouter au fait que les morceaux de Robert Johnson aurait été enregistrés à la mauvaise vitesse et nous pouvons vraiment nous demander à quel point nous connaissons vraiment cet homme.
En gardant cela à l’esprit et plutôt que de vendre son âme au diable, Robert Johnson aurait tout simplement chercher à quitter la ville pour pratiquer davantage et trouver son mentor en la personne d'Isaiah « Ike » Zimmerman. Selon les dires de sa famille, Ike aurait hébergé Robert et l’aurait pris sous son aile, lui apprenant tout de la guitare et de l’harmonica en l’espace de quelques années.
On raconte aussi que beaucoup de jams entre Robert et Zimmerman ont eu lieu au cimetière local et en pleine nuit afin d’éviter de réveiller le reste de la famille Zimmerman. D’ailleurs, beaucoup de fans de Johnson pensent que le « diable » évoqué dans ses chansons n’était autre qu’une métaphore pour parler de Zimmerman.
Beano et l'insaisissable collectionneur de Burst
Une autre histoire relative à Robert Johnson concerne un de ses fans les plus connus et sa guitare volée. Nous voulons bien sur parler d’Eric Clapton et de sa Gibson Les Paul Standard Sunburst, aussi connue sous le nom de Beano.
Pour nos fidèles lecteurs, vous vous souvenez peut-être de l’histoire de la Beano dans notre article intitulé « Les guitares célèbres qui ont disparu ». Si tel n’est pas le cas, voici le speech : La Les Paul Burst 1960 d’Eric Clapton, qu’il avait obtenu dans les années John Mayall & the Bluesbreakers, avait été volée peu de temps avant le début de Cream en 1966 et n’avait jamais réapparu.

L’existence de la Beano de Clapton et son utilisation ont clairement contribué à façonner son image de « guitare de blues » des années 60 dans le cœur de nombreux joueurs. Et ce, après seulement un an en sa possession et avant de connaître un succès mondial avec le groupe Cream. Si l’on s’en tient au son et à l’esthétique de la guitare, elle est l’une des guitares les plus connues au monde. Si on ajoute à cela une histoire de vol mystérieux, la guitare accède elle-même au statut de légende.
Au fil des ans, les amateurs de Burst et les fans de Clapton du monde entier ont spéculé sur la disparition de la Beano. Comme mentionné dans notre dernier article, le guitariste de blues Joe Bonamassa a eu le dernier mot concernant cette fameuse Burst en déclarant d’une manière cryptique : « Elle se trouve au sein d’une collection de la côte Est des Etats-Unis. C’est tout ce que je peux vous dire et c’est tout ce que je dirai. »
Bien que cette déclaration date de 2016, notre article a créé un véritable tollé et beaucoup de nos lecteurs ont déclaré vouloir voir le retour de la Beano dans les mains de Clapton. Certains ont même pensé que Joe était lui-même le fameux mystérieux propriétaire.
Pour être juste envers Bonamassa, on peut affirmer sans se tromper qu'il n'est pas le propriétaire secret de la Beano. Alors que Joe a depuis clarifié ses commentaires, déclarant même regretter de les avoir entièrement faits, ses spéculations sur le lieu où elle se trouve peuvent vous donner quelques indices sur l’identité du propriétaire, surtout si vous vous intéressez aux collectionneurs de guitare. Un certain nombre de nos lecteurs entrent dans cette catégorie et ont une solide idée de qui cela pourrait être…
Ce qui nous amène à Dirk Ziff : milliardaire basé à New-York, éditeur héritier, investisseur et collectionneur des Les Paul Burst. Personne ne peut le dire avec certitude, sauf Dirk lui-même, mais de nombreuses rumeurs provenant de la communauté de guitaristes en ligne le désigne comme le collectionneur de la côte Est en possession de la légendaire Burst. Ce qui rend cette théorie extrêmement convaincante, c'est le propre secret de Dirk autour de sa collection prolifique de Les Paul.

En guise d’amuse-bouche, rappelons que la collection privée de Dirk Ziff comprendrait des centaines de Les Paul Burst des années 58-60 achetées en masse pendant une certaine période au point qu’il détiendrait 10 à 20 % des Les Paul Burst originales jamais produites.
De plus, la collection de Ziff comporterait deux catégories de Burst : celles faites pour être jouées et exposées et les autres. Ces dernières seraient cachées bien à l’abri des regards « dans un coffre où seuls peuvent entrer ceux qui acceptent d’enfiler une combinaison jetable » a déclaré un visiteur dans le magazine Nashville Scene en 1997.
Sans compter que Ziff a déjà possédé une Burst volée dont l’origine est bien connue. Sans condamner Ziff du vol même de la guitare, lorsque Ed King, le guitariste du groupe Lynyrd Skynyrd s’est fait voler sa Burst de 1959, celle-ci a fini par atterrir dans sa collection. Voici un extrait d’un article de 1997 du magazine Nashville Scene :

Au mois de mars, il (King) se rendait à un salon de la guitare à Dallas (le dernier voyage accordé par ses médecins). Il est tombé sur un stand qui promouvait le livre The Beauty of the 'Burst (qui avait été accidentellement imprimé en japonais). Après avoir jeté un œil aux 15 premières pages, il a reconnu sa guitare grâce à une petite tache rouge près du sélecteur de micros. Au début, il a cru halluciner, puis il est revenu le jour suivant et a acheté le livre. « Je n’avais pas le numéro de série avec moi et j’ai passé le week-end à regarder la photo en pensant « il ne peut pas y avoir d’autres guitares comme celle-là » J’étais sûr que c’était la mienne.
King est retourné à Nashville et a associé le numéro de série de la guitare du livre avec celui provenant d’une vieille liste d’inventaire. Malheureusement, la police de l’état du New Jersey ne pouvait pas intervenir en raison de l’expiration du délai de prescription de la guitare volée. Il a donc décidé de se rabattre sur Perry Margouleff, le collectionneur mentionné dans le livre.
« Avant d’aller plus loin, King a appelé un expert de guitares en Floride qui lui a rapporté que Margouleff agissait en tant que chef procureur des guitares de Dirk Ziff. Sharon Brock (la petite amie de King) est rapidement allée chercher des informations sur le milliardaire, et a découvert qu’il était un joueur, mais surtout un fervent collectionneur de guitares. Fort de cette connaissance, King a appelé Margouleff, qui a déclaré avoir acheté la guitare en 1988 auprès de Voltage Guitars, basé à Hollywood, pour la somme de 9 500 $ et l'avait ensuite vendue à un ami. « Est-ce que cet ami serait Dirk Ziff ? » a demandé King. Confirmant ses soupçons, Margouleff proposa d'aider King à récupérer la guitare à condition que celui-ci cesse de le contacter.
Pour résumer la fin de ce long récit, après avoir écrit personnellement une lettre à Ziff en lui disant ce que la guitare représentait pour lui et suite à une bataille d’assurance pour définir la propriétaire légitime de la guitare, Ziff a finalement renvoyé la Burst à son propriétaire.
Après cet incident, Ziff est devenu beaucoup plus discret au sujet de sa collection et les photos de ses Burst furent retirées des rééditions du livre The Beauty of the 'Burst. Par conséquent, il est aujourd’hui très difficile de trouver des photos de la collection de Ziff datant de l’après « Ed King Gate »
C’est dans ce genre de salon où des guitares rares sont achetées en masse qu’il est possible de voir atterrir des instruments volés dans les collections d’acheteurs prolifiques, surtout avant l’ère d’internet.
Tout cela pour dire que cette histoire n’est pas la preuve formelle que Dirk Ziff est le propriétaire actuel de la Beano, mais qu’il ne serait pas inintéressant de lui poser directement la question.
Nous avons donc tenté de contacter Ziff pour en savoir plus sur sa collection et lui poser des questions sur certaines de ses guitares, y compris la Beano. Bien que plusieurs demandes de commentaires aient été rejetées, les rares interactions que nous avons pu avoir ont été mémorables.
Après avoir contacté un numéro de téléphone directement enregistré au nom de Ziff et disponible via des registres publics, la personne anonyme qui a répondu au téléphone nous a dit que nous avions fait « le mauvais numéro ».
Après un message d’excuse pour cet appel erroné et après avoir expliqué que le numéro que nous avions contacté était enregistré au nom de Ziff, nous avons reçu deux appels dont le premier a été quasiment immédiatement interrompu. Lors du deuxième appel, la personne à l’autre bout du fil nous a demandé notre identité et le sujet de notre requête. Les derniers mots obtenus de cet échange plutôt tonique furent « Je ne vous promet rien ».
Au final, cette personne ne nous a rien promis et nous avons reçu aucun commentaire pour cet article. Ces brefs échanges téléphoniques n’ont fait qu’attiser ma curiosité et soulever plus de questions que de réponses. En vérité, seul le temps nous dira ce qui est arrivé à cette Les Paul Beano et dans quelle collection de la côte Est elle se trouve.
Si Dirk Ziff ou l’homme mystérieux du téléphone vient à lire cet article, nous leur demandons simplement de nous aider à clarifier cette rumeur. Dans tous les cas, nous espérons que Ziff se livre davantage sur sa collection de Les Paul dans les temps à venir.
Stevie Ray Vaughan a prédit sa propre mort.
Notre dernière légende urbaine sur les guitares est un des mythes les plus flippants, mais aussi l’un des moins connus. Il raconte l’histoire du guitariste américain de blues, Stevie Ray Vaughan et des derniers jours de sa vie.
Selon la légende, Stevie a fait un cauchemar où il se rendait à ses propres funérailles le jour précédant sa mort. Déstabilisé par ce rêve étrange, il en parla aux autres membres du groupe et de l’équipe la veille de ce qui allait être leur dernier concert.

Aussi hollywoodien que ce mythe puisse paraître, son récit a été raconté dans plusieurs articles comme dans Guitar World, sur certains sites de divertissement comme UpRoxx et dans plusieurs biographies de l’artiste telle que Soul to Soul. Tout cela a contribué à crédibiliser cette histoire qui mérite qu’on y regarde de plus près.
Malgré cela, il est toujours difficile d’y croire.
Quand les gens essaient de rentrer dans les détails de la légende, cela est généralement suivi d'une explication d'un accident de scène qui a inspiré le rêve où « Stevie Ray a failli être tué un mois avant sa mort ». Cette histoire en particulier est à l’origine de nombreux malentendus.
Non, Stevie n’a pas failli mourir dans cet accident. Pas mal de ses guitares ont été sévèrement abîmées lors du choc, notamment sa fameuse Stratocaster Number One, mais il n’a pas été personnellement blessé, ni en danger immédiat durant cet accident survenu au Garden State Arts Center le 7 juillet 1990 dans le New Jersey. Sur le moment, Stevie était particulièrement inquiet de l’état de Rene Martinez, son luthier et assistant technicien pendant la tournée qui se trouvait avec lui au moment de l’accident. Mais heureusement, celui-ci n’avait pas été blessé non plus.
L’histoire est en fait inspirée par un certain nombre de commentaires et de déclarations provenant de personnes proches de Stevie dans les jours précédant sa mort. Il est particulièrement difficile de trouver l’origine de l’histoire de son cauchemar funèbre, et il semblerait qu’aucun des membres de son groupe n’ait soutenu cette affirmation. Cela étant dit, il existe un récit très détaillé du photographe de rock Robert M. Knight en ce qui concerne l'une de leurs dernières conversations peu de temps avant la mort de Stevie et qui semble faire écho à la légende :
Stevie et moi nous baladions ensemble. Nous étions en train de discuter de la vie, de la mort et de la synchronicité. Je lui ai dit « Oh, est ce que tu sais qu’ Otis Redding est mort juste ici ? » (l’avion de Redding s’était crashé à Madison). Vaughan lui a simplement répondu que Redding et lui avaient un manager en commun. C’était le genre de conversation lugubre et effrayante...
Il m’a dit : « Tu sais, je ne pense pas qu’il me reste longtemps à vivre. » Je lui ai demandé pourquoi il disait cela et il m’a répondu « Et bien, quand je me trouvais en Suisse, j’ai quasiment fait une overdose dans la rue. Je vomissais du sang. J’étais pratiquement sur le point de mourir quand on m’a emmené à l'hôpital et qu’on m’a ramené à la vie. »
Il m’a dit cela en sachant qu’il fallait qu’il devienne sobre. Il a dit qu’il ne savait pas combien de temps il lui restait. Il voulait aider les jeunes à comprendre les méfaits de la drogue et de l’alcool.
On a continué à parler sur ce sujet et il m’a dit que le Dr. John lui avait annoncé qu’il allait mourir. Je lui ai dit « Quoi ? » et il m’a répondu « Dr John m’a dit que je n’avais pas longtemps à vivre ».
À l'inverse, les membres de son groupe, comme Chris Layton et d'autres, ont déclaré que Stevie était vraiment de bonne humeur jusqu’au bout et qu'il ne leur avait jamais parlé de tout cela. Alors que Layton a remarqué que Stevie était particulièrement sentimental envers le groupe le jour de sa mort, il a rejeté en bloc l’idée que Stevie puisse parler de sa mort en ses termes funestes.. En réponse aux commentaires de Robert M. Knight et de son anecdote :
« Non, je n’ai jamais entendu ce genre de propos. Des gens ont dit des choses comme « Je me trouvais au concert et Stevie ne tenait même pas debout sur scène, on aurait dit qu’il flottait avec les deux pieds en l’air. Et il avait comme un halo violet autour de lui » quelque chose à voir avec le Purple Haze de Jimi Hendrix. Vous savez, l’esprit est une drôle de bête, car, quand nos émotions se mélangent dans nos têtes avec d’autres facteurs extérieurs, on commence à imaginer toute sorte de choses. »
Je n’irai pas jusqu'à dire que Robert a tout inventé. Je n’en ai juste jamais entendu parler. Je ne peux pas confirmer quelque chose que quelqu’un d’autre pense savoir.
Et c'est là que la légende s'effondre. Si Stevie avait été si profondément troublé par la mort dans ses derniers jours au point qu’elle hantait ses rêves, ses amis et collaborateurs ne s’en seraient-ils pas aperçus ? Après tout, selon la légende, Stevie a parlé de son rêve de mort aux autres membres du groupe… et selon Knight, le Dr John a déclaré que Vaughan allait bientôt mourir...
C’est quand on arrive à cette partie de l'anecdote de Knight qu’on a du mal à croire à ce genre de légende surnaturelle :
J’étais en train de photographier le concert quand il est arrivé sur scène pour jouer le morceau du rappel « Voodoo Chile ». À ce moment-là, mes bras se sont transformés en deux blocs de glace et j’avais l’impression que mon appareil était lui aussi un bloc de glace. Il ne faisait pas froid ce soir-là. J’ai continué à prendre des photos pendant deux ou trois minutes, mais je n’arrivais pas à me concentrer et j’ai dû arrêter au milieu du morceau pour aller en coulisses.
Je crois que c’est Alex Hodges qui m’a dit en backstage : « Robert, qu’est-ce que tu fais ? Stevie veut que tu continues à couvrir le rappel. » Je lui ai dit que j’avais un problème aux bras. C’était juste avant la fin du concert.
Stevie est arrivé, s’est dirigé vers moi et m’a demandé, « Pourquoi tu es parti ? »
J’ai remonté mes manches et j’ai répondu, « Steve, regarde mes bras ». J’avais la chair de poule et mes bras avaient l’air congelé. Stevie a dit « regarde les miens », il a remonté ses manches et il avait exactement la même chose.
Finalement, il est possible que tout cela se soit vraiment produit et que les souvenirs de Knights aient réellement existé. Mais le doute reste grand venant de ce fan irréductible de Stevie. Ceci dit, il existe sûrement une part de vérité dans les propos de Knight si l’on en croit des extraits d’interview de Stevie lorsqu’il était sobre.
On a retrouvé des citations de Stevie datant de la dernière année de sa vie où il disait vivre une vie d’emprunt où chaque jour de sobriété était comme une seconde chance qui lui avait été donnée. Il est aussi possible que Knight ait volontairement participé au mythe lui-même à l’époque de ses propos.
À propos de l'auteur: Casey Hopkins est auteur /compositeur / guitariste du groupe The Advertisers basé à Brooklyn. En plus d'écrire pour Reverb et de faire de la musique, Casey vend aussi des guitares. Suivez @CaseyHopkinsGuitar sur Instagram pour le suivre.