Casio RZ-1 : un sampleur d’entrée de gamme, des beats haut de gamme

DJ Prince Paul (2011). Photo : Jemal Countess. Getty Images.

Sorti à l'origine en 1986, la Casio RZ-1 était un instrument unique pour l'époque. Il existait déjà de nombreuses boîtes à rythmes analogiques sur le marché, mais c'est la sortie des boîtes à rythmes numériques basées sur l'échantillonnage (les sampleurs), comme la RZ-1, qui allait véritablement révolutionner la création musicale.

Contrairement aux boîtes à rythmes légendaires (et plus coûteuses) des années 80 telles que la DMX d'Oberheim, la LinnDrum de Roger Linn et les légendaires TR de Roland (les 808 et 909), la RZ-1 était une boîte à rythmes entièrement numérique, avec une solution de sampling intégrée. Elle est donc arrivée comme une alternative plus abordable aux boîtes à rythmes à échantillonnage plus coûteuses comme la Korg DDD-1 et la E-Mu SP-12.

Mais malgré son statut « d'entrée de gamme », les pros du hip-hop n’hésiteront pas à l’utiliser sur de gros projets.

Dans les entrailles de la RZ-1

La RZ-1 embar que d’origine 12 sons de batterie (grosse caisse, caisse claire, charley ouvert et fermé, clap, cowbell, ride, crash, ainsi que trois toms). L'utilisateur peut contrôler le volume de chaque sample à l'aide des 10 faders de volume, tandis que les sorties stéréos permettent de diriger les sons vers un mélangeur externe. La RZ-1 est également dotée d'un écran LCD rétro-éclairé et de prises MIDI in/out/thru. Sa mémoire interne peut contenir jusqu’à 100 patterns différents et 20 morceaux.

Contrairement aux boîtes à rythmes analogiques précédentes, les sons internes de la Casio RZ-1 sont basés sur la technologie PCM. La PCM (pulse-code modulation) est une méthode permettant de créer des représentations numériques de signaux audio analogiques échantillonnés. Au milieu des années 80, la méthode PCM était utilisée dans les moteurs sonores d'instruments comme le légendaire synthétiseur D50 de Roland et des boîtes à rythmes comme la DDD-1. Les sons de batterie internes de la Casio RZ-1 sont agréables et lo-fi, avec une résolution audio de 12 bits / 32Hz.

La RZ-1 possède une mémoire d'échantillonnage extrêmement limitée ne permettant que 0,8 seconde de temps d'échantillonnage. À titre de comparaison, l’E-Mu SP-1200, sortie un an après la RZ-1 possédait une énorme (pour l'époque) mémoire d'échantillonnage de 10 secondes.

En plus des sons de batterie d’usine répartis sur 12 pads, la RZ-1 comporte quatre banques/pads ouverts où l’utilisateur peut attribuer quatre échantillons de 0,2 seconde à chacun, soit un échantillon « long » jusqu'à 0,8 seconde.

Le rôle de la RZ-1 dans le monde du Hip-Hop

La RZ-1 était particulièrement populaire auprès de la première génération de producteurs de hip-hop. Son prix abordable leur permettait de pré-produire des disques chez eux, sans avoir à dépenser de l’argent inutilement en louant un studio pro.

Le vétéran DJ/producteur Prince Paul débute sa carrière dans les années 80 en tant que membre du groupe de rap Stetsasonic, aussi conny comme étant le premier groupe hip-hop (autonome). Après un passage chez Stetsasonic, Paul s'est associé au trio de rap De La Soul. Leur premier album, 3 Feet High and Rising, sorti en 1989, est un savant mélange de samples d'un grand nombre d'artistes des années 60 et 70, dont Eric Burdon & War, Steely Dan et The Turtles.

De La Soul - « Say No Go »

Plus de trois décennies après sa sortie, l'album est toujours considéré comme une référence dans l'histoire du hip-hop et du sampling. Et dans l'article « How We Made 3 Feet High and Rising » paru dans le journal The Guardian en 2014, Paul cite la RZ-1 comme la pièce centrale de sa production :

« L’album 3 Feet High and Rising nous a coûté 13 000 dollars. Nous avons seulement utilisé la Casio RZ-1 et un autre gadget appelé Eventide harmonizer, qui nous a permis de faire matcher des morceaux qui avaient des hauteurs de son totalement différentes. On pouvait mettre la voix de Daryl Hall sur un disque de Sly & the Family Stone. C'était incroyable. »

Lorsque Reverb a demandé à Paul pourquoi il avait choisi d’utiliser la RZ-1, il nous a dit : « C'est comme une SP-12 en mode discount... ce n’est pas de la marque mais ça fait quand même le job ».

Avant que le MC, producteur et co-fondateur du Wu-Tang Clan, RZA, passe aux claviers échantillonneurs SP-1200 et Ensoniq à l’origine d'innombrables hits des années 90, il utilisait la Casio RZ-1. Dans une interview accordée au magazine Kotori en 2015, RZA est revenu sur son adolescence et ses expérimentations sur la RZ-1 :

« J'avais aussi une Casio RZ-1, mais pas la SP-1200, qui était le top du top. Il m'a fallu un an et demi pour en trouver une. J'avais environ 19 ans quand j'ai eu ma première SP-1200. J'ai fait « Bring The Pain » avec et quelques autres morceaux du Wu. »

Dans la série HULU de 2019, Wu-Tang : An American Saga, on peut y voir le personnage de RZA adolescent avec une RZ-1, reflétant la véritable histoire du producteur avec la machine.

« Disorientation » de The Blank Slates est la bande-son de cette vidéo New York Graffiti des années 90.

Le rappeur/producteur Beans du légendaire trio Anti-Pop Consortium a lui aussi fait ses armes sur la RZ-1. Le son d'APC était un mélange radical de beats hip-hop granuleux et de sons minimaux et expérimentaux. Contrairement à Paul et RZA, Beans utilisait également la RZ-1 comme instrument de scène avec APC et son groupe The Blank Slates.

Beans nous a expliqué comment il utilisait la RZ-1 :

« Avant qu’Anti-Pop ne devienne un groupe, [High] Priest et moi avions un projet parallèle appelé The Blank Slates, qui était plus orienté free-jazz. J’étais au chant et à la RZ-1, Micah Gaugh au saxophone, Meg Man Manny au synthé Moog Source et Priest lançant des samples en live. Pendant les concerts de The Blank Slates et d'APC, j’utilisais la RZ-1 avec des pédales d'effets, trois ou quatre delay, une reverb et des phasers différents. Les pédales rendaient le son de la RZ sale et organique tandis que la pédale de delay rendait le kick de la RZ beaucoup plus durs ».

La RZ-1 aujourd’hui

Après avoir contribué à façonner le son hip-hop des années 80, la RZ-1 a gagné un petit nombre de fidèles parmi la communauté des circuit-benders et DIY. Une recherche rapide sur Google vous mènera à des forums où des passionnés discutent des techniques pour étendre et modifier la RZ-1. Sur le forum circuitbenders.co.uk, un utilisateur appelé « gmeredith » explique les moyens d'étendre la mémoire d'échantillonnage de la RZ-1 :

« Vous pouvez faire une extension de mémoire de sampling pour la RZ-1. Je suis passé de 4 échantillons (tout comme la RZ) à 128 échantillons ! Cette RAM d'échantillonnage ... peut être retiré et remplacé par une RAM de capacité beaucoup plus importante. Ce mod ne vous donnera pas des temps d'échantillonnage plus longs, mais juste plus d'échantillons des temps d'échantillonnage standard de la RZ. Pour la RZ, elle vous donnera 128 banques de 4 échantillons = 512 échantillons, simplement en appuyant sur un bouton ! »

Comme avec tout excellent instrument, les musiciens qui ont utilisé la Casio RZ-1 continuent d'en apprécier les particularités et d'en dépasser les limites pour faire de la vraie grande musique. Le fait que les musiciens l’utilisent après plus de trois décennies aurait été impossible à prévoir lorsque la machine a été fabriquée pour la première fois en 1986. Malgré cela, la Casio RZ-1 est devenue un outil d'apprentissage improbable pour une génération de producteurs de hip-hop, de beat-makers et de circuit-benders.

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