Stevie Wonder est sans aucun doute l'un des songwritters les plus populaires de l'histoire de la musique moderne. Et son important virage musical, au début des années 70 - après avoir persuadé la Motown de le laisser travailler sur des albums plus ambitieux - a beaucoup joué pour cette réputation.
À partir de 1972 avec Music of My Mind, la suite d'albums incluant Talking Book, Innervisions et Fulfillingness' First Finale qui sont encore à ce jour considérés comme des chef-d'oeuvres de cette époque. Cependant, on parle trop peu de la collaboration entre Stevie Wonder et deux producteurs, Robert Margouleff et Malcolm Cecil, et leur synthétiseur gigantesque, le TONTO (The Original New Timbral Orchestra).
Dans cet article, nous allons détailler l'utilisation de cet instrument incroyablement polyvalent, et nous verrons de quelle manière Wonder - aidé par l'expertise technique de Bob et Malcolm - a repousser les limites de la pop et du R&B grâce au synthétiseur.
La naissance du TONTO
Conçu pour être le tout premier orchestre de synthétiseurs, le TONTO est venu au monde en 1968 lors de l'achat d'un Moog Series IIIc par Margouleff - l'un des premiers synthés de la marque. Peu de temps après, il rencontra Malcolm Cecil, un bassiste londonien renommé.
Malcolm était le co-fondateur d'un groupe de blues anglais Blues Incorporated - dans lequel on a pu trouver Jack Bruce, Charlie Watts et Ginger Baker, et qui a collaboré avec Keith Richards, Mick Jagger, Rod Stewart, Jimmy Page, et autres mordus de blues de la scène londonienne.

Malcolm a aussi été le principal bassiste de l'Orchestre Radiophonique de la BBC. Mais après avoir été diagnostiqué une maladie des poumons, Malcolm décida de déménager à New York, où il trouva un emploi dans un studio de pub sur la 5e avenue de Manhattan appelée Media Sound Studios.
Peu après ses débuts chez Media Sounds, Malcolm entra en contact avec Bob pour qu'il lui en dise plus à propos de son mystérieux Moog. Bob accepta de lui enseigner ce qu'il savait à condition que Malcolm lui apprenne à utiliser une console d'enregistrement. À peine quelques semaines plus tard, ils entreprirent de fabriquer le plus grand synthétiseur du monde.
Le but était simple : créer un orchestre moderne fait de synthétiseurs. Regroupant des modules faits par Oberheim, Moog, ARP, EMS, et des modules propriétaires conçus par Serge Tcherepnin et Malcolm, le TONTO devint rapidement un module colossal, connecté à un cerveau central conçu par Malcolm, permettant à tous les synthétiseurs de communiquer entre eux.
En l'espace de quelques semaines, Malcolm et Bob avaient monté un groupe appelé TONTO's Expanding Head Band, avec lequel ils exploraient les possibilités quasi-infinies de leur machine. La sortie de leur premier album, Zero Time, attira l'attention du magazine Rolling Stone. Mais leur article dans Rolling Stone n'était qu'un début.
Le virage artistique de Stevie
À Detroit, le contrat liant Stevie Wonder à la Motown était sensé prendre fin pour son 21e anniversaire. À la grande surprise de Berry Gordy et des autres dirigeants de la Motown, Stevie profita de ce laps de temps pour s'assurer la liberté créative qu'il avait toujours désiré. Se sentant limité par la Motown, il fit ses valises pour s'installer à New-York, où il entendit Zero Time et tomba sous le charme.
"Apparemment, l'idée d'avoir un instrument à clavier sur lequel il pourrait jouer plaisait beaucoup à Stevie," racontait Malcolm dans une interview pour la BBC en 2010. "Il en avait marre de devoir passer ses chansons à un arrangeur, qui partait et écrivait les arrangements, enregistrait le résultat avec un groupe, appelait Stevie une fois le tout enregistré, lui disait quand chanter, ce qu'il devait chanter, et le mettait de côté pendant le mixage. Et selon Stevie, ça ne sonnait jamais comme ce qu'il avait imaginé."
Le TONTO a permis à Stevie d'arranger ses propres chansons, et de s'impliquer dans chaque étape de la production. Bob, Malcolm, et Stevie se sont immédiatement entendus.
Durant un week-end de trois jours (le week-end du Memorial Day) Bob, Malcolm et Stevie enregistrèrent 17 chansons, suffisamment pour leur premier album produit ensemble : Music of My Mind. Stevie Wonder renégocia un contrat avec la Motown le 1er juillet 1971 en s'appuyant sur l'album, déjà terminé. Le nouveau contrat incluait une avance de 900 000 $ (plus des garanties annuelles) en plus d'un taux alors inédit de 14 % de royalties.
"Je me suis mis au synthétiseur parce que j'avais des idées dans ma tête, et je voulais qu'on puisse les entendre, et j'ai pu compter sur Bob et Malcolm et différents programmeurs pour recréer [ce son que je voulais entendre]," Racontait Stevie dans une interview pour A&E's Biography.
Music of My Mind
L'album Music of My Mind de 1972 marque le début de l'aventure entre Stevie et les synthétiseurs. Très vite, Bob et Malcolm avaient décidé que, même si le TONTO avait été conçu pour être joué par plusieurs instrumentistes, Stevie jouerait lui-même toutes les parties synthé.
En fait, Bob et Malcolm avaient branché tous les instruments et avaient fait en sorte qu'ils soient tous jouables facilement par Stevie, pour ne pas ralentir sa créativité. À l'origine, Malcolm devait jouer de la contrebasse sur toutes les chansons. Cecil raconte cette histoire dans une conférence à la Red Bull Music Academy en 2013 sur l'influence de Moog sur la production musicale de Stevie.
"Au départ, il voulait que je joue de la contrebasse sur les deux premières chansons. J'ai essayé, je ne trouvais pas que ça sonnait bien, et je lui ai dit, 'C'est pas le bon son, c'est trop Jazz. Ce que tu fais, c'est pas du Jazz. C'est plus du R&B que du Jazz, pour moi. C'est pas le même son de basse.' Il m'a répondu, 'Tu peux faire le bon son ?' J'ai dit, ' Met toi au synthé.' Et on a trouvé un son de basse sur le synthé, il a adoré," raconte Malcolm.
Stevie a fini par tout jouer excepté la guitare et le trombone sur le premier album du trio. Bien que le TONTO ne soit crédité que sur quatre chansons sur neuf de Music of My Mind, chaque chanson de l'album en contient.
Grâce aux consoles des synthétiseurs Moog series IIIc, Stevie, Bob et Malcolm ont aligné au moins trois oscillateurs en dents de scie du Moog 901 pour obtenir ce son de basse massif, qui a redéfinit tout le genre musical. L'élément clé de l'opération était un module, fabriqué par Malcolm en personne, qui utilisait un levier d'hélicoptère pour contrôler le pitch et les filtres. Garder accordés ces vieux modules n'étant pas chose aisée, cet élément s'est avéré indispensable pour un accordage de pointe du TONTO.
Le TONTO ne servait que d'ornementation sur le premier album adulte de Stevie, se contentant des parties éthérées, et soulignant le songwritting délicat de Stevie. "Superwoman (Where Were You When I needed You)" annonce les sons de Moog bass et de synthés ARP qui deviendrons la marque de fabrique de Stevie pendant plusieurs années. La chanson commence par un dialogue entre un Rhodes et une Moog bass bien ronde. Les sons de synthétiseurs se font discrets jusqu'à la troisième minute, où le TONTO se lâche avec un refrain riche au ARP.
Ce passage représente une épiphanie pour le narrateur, qui décide à ce moment de quitter sa bien-aimée, "Mary". Durant le reste de la chanson, claire, planante, bien que sobre, les pads de synthés mettent en valeur l'ostinato de Stevie "Our love is at an end."
Music of My Mind s'est hissé à la 21e place du Billboard Pop Chart, et à la 6e du R&B Chart. Bien que le succès commercial ne soit pas immense, les critiques, comme Vince Aletti de Rolling Stone, ont encensé l'album, le considérant comme l'aboutissement de la carrière artistique de Stevie. Music of My Mind a renforcé l'image de Stevie - qui n'était plus qu'un simple jeune prodige.
Talking Book
L'album Talking Book de 1972 marque le début de ce que les historiens de la musique considèrent comme l'ère classique de Stevie Wonder. Ces chansons dévoilent indéniablement le côté mature de Stevie Wonder, ce qui a donné, à l'époque, son album avec le plus grand succès.
Décrochant une première place au Billboard R&B Album Charts, Talking Book contient deux tubes #1 -"Superstition" et "You Are the Sunshine of My Life" - et remporta trois Grammy Awards. Ce classique s'est écoulé à 1,6 Millions d'exemplaires.
Toutes les chansons de Talking Book ont été composées en collaboration avec Bob et Malcolm. Malcolm, encore à la BBC, racontait :
"Avec un instrument comme le TONTO, on ne peut pas écrire de partie à l'avance, parce qu'on ne peut pas savoir comment le son va réagir avec les autres avant de l'avoir entendu. Tout a été fait comme en jazz, on a d'abord fait les arrangements... Parfois, quelques parties étaient suggérées. Ce cor [dans "Superstition"], je le chantais... Et Stevie a commencé à le jouer. C'est comme ça qu'on fonctionnait."
Un des deux singles, "Superstition", fut le premier à être classé numéro 1 depuis une dizaine d'années. Mais malgré l'immense succès commercial de Talking Book, le trio n'a pas pris le temps de se reposer.
Comme Bob le déclara plus tard, "On n'avait pas d'horaires. On travaillait jour et nuit, dès que Stevie voulait travailler. Il arrivait vers 19 h, Malcolm et moi vers 4h30, 5 h, et on tenait une liste des chansons - on avait une vraie bibliothèque. Steve commençait des chansons, et on les enregistrait pour garder des traces. 'Oh, celle-là à besoin de batterie,' 'Oh, on pourrait rajouter du synthé sur celle-ci, ' 'Steve, que penses-tu des paroles de celle-là, ou celle-ci?'"
Dans une interview de Margouleff pour The Atlantic, le producteur parle du processus créatif de Talking Book. Majoritairement (à l'exception de "Superstition"), Stevie enregistrait d'abord les claviers, puis le trio rajoutait des instruments à partir de cette base. Voici quelques notes de Margouleff à propos de ces sessions (tirées de The Atlantic) :
"You and I (We Can Conquer The World)" a été composée alors que la copine de Stevie était assise avec lui sur le tabouret du piano. Il a commencé par le piano.
"Superstition" a été composée à l'origine pour Jeff Beck. Il a trouvé qu'elle était trop bonne pour être donnée, alors, il l'a gardée pour lui. Il a commencé par la batterie. La première piste à avoir été enregistrée était la batterie.
"Blame It on the Sun" était la chanson de Stevie sur les peines de cœur. On l'a enregistrée de façon classique. Je ne me rappelle pas comment on l'a composée. Les paroles étaient très profondes. Elles racontent que dans les ruptures, il faut se blâmer soi-même, et pas l'autre. Il traversait une phase difficile dans sa vie personnelle. Une fois encore, il y avait peu d'instruments, avec un arrangement sobre. Si on écoute bien, on entend qu'il n'y a jamais beaucoup d'instruments dans cet album. Le synthétiseur Moog était monophonique. On ne pouvait en jouer qu'un son ou qu'une note à la fois. On pouvait en jouer deux ou trois parce que le TONTO était un ensemble de synthés monophoniques accordés entre eux. Mais ce ne sont que des instruments individuels, donc Stevie ne pouvait jouer qu'une ou deux parties simultanément.
Stevie, Bob et Malcolm étaient indubitablement bien partis. Ils avaient eut le temps de bien se connaître les uns les autres, et leur album suivant, Innervisions, en 1973, fut l'apogée de la collaboration entre Stevie, Bob et Malcolm. Stevie avait pris un virage plus politique, parlant de Richard Nixon dans "He's Miss-tra Know-It-All", et dénonçant le racisme systémique dans son chef-d'oeuvre "Living for the City."
Innervisions
"Higher Ground", "Don't You Worry 'bout a Thing", "Living for the City" - Innervisions est le summum du travail collectif du trio. Bien qu'il n'ait pas connu le même succès commercial que Talking Book, Innervisions était dans la continuation d'une soul funky et synthétique.
Lors de l'enregistrement, Bob et Malcolm ont utilisé de vieilles méthodes assez originales pour obtenir de meilleures performances de la part de Stevie. Malcolm se rappelle d'une anecdote pendant l'enregistrement de "Living For the City" où ils ont poussé Stevie à chanter de manière plus brute et sauvage :
"Il fallait qu'on trouve un moyen de faire chanter Stevie de façon plus brute... On a donc décidé d'énerver Stevie, pour que ça se sente dans sa voix. Alors durant l'enregistrement du dernier couplet, on n'arrêtait pas de faire des trucs qui l'énervaient. Un truc qu'il déteste, c'est s'arrêter en plein milieu... J'arrêtais tout le temps l'enregistrement 'Allez Stevie, tu peux faire mieux que ça, on en fait une autre !' J'étais super désagréable avec lui. On a enroué sa voix, on ne lui a pas apporté son thé - parce qu'il aime son thé sans lait, avec du miel, pour sa gorge - on lui refusait. Ça l'énervait pas mal... Je crois qu'il m'en veut encore aujourd'hui, mais le morceau est génial !"
Le son de synthé de "Living For the City" est peut-être l'exemple le plus célèbre de la puissance du TONTO. Ces sons combinaient plusieurs oscillateurs de 901 sur les deux Moogs, et quelques oscillateurs de ARP.
Mais à peine Malcolm et Bob avaient-ils terminé le mastering de l'album, une catastrophe arriva.

Durant un trajet nocturne pendant une tournée, en direction de Durham, Caroline du Nord, depuis la Caroline du Sud, une bûche se détacha d'un camion de bûcheron, percutant Stevie à la tête. Wonder tomba dans le coma pendant 5 jours, et séjourna deux semaines à l'hôpital de Winston-Salem. Stevie s'en remit avec, en prime, un nouveau penchant pour la spiritualité. L'aspect jubilatoire et engagé d'Innervisions céda sa place à une ère plus sombre, avec Fullfillingness' First Finale, en 1974.
Un manque de reconnaissance envers Margouleff et Cecil
La 16e cérémonie annuelle des Grammy Awards fut tenue au Hollywood Palladium à Los Angeles le 2 mars 1974. Stevie remporta des trophées pour les catégories Album de l'Année, Meilleure Performance Vocale Pop (pou "Sunshine of my Life"), Meilleure Performance Vocale R&B (pour "Superstition") et Meilleure Chanson R&B (également pour "Superstition"). Bob et Malcolm reçurent le prix de Meilleurs Ingénieurs du Son, une récompense non télévisée, délivrée l'après-midi précédant la cérémonie.
Aussi curieux que cela puisse être, à chaque fois que Stevie monta sur scène pour recevoir sa récompense, Bob et Malcolm étaient absents du discours de remerciement. Pire encore, Stevie acheta une moitié de page du Billboard Magazine pour remercier son équipe de la Motown, mais toujours aucune trace de Bob ou de Malcolm, qui avaient consacré des années entières, et s'attendaient vaguement à un peu de reconnaissance. La tension devenant importante, il était devenu évident pour les membres de Wonderlove, comme Mike Sembello, qu' Ira Tucker, Berry Gordy, et le reste de l'entourage de Stevie cherchaient activement à minimiser la contribution de ces deux ingénieurs du son, donnant à Stevie une image de génie touche-à-tout auprès des fans.

"C'est une vraie trahison. Vous avez ce... Truc, le TONTO, qui ressemble à un vaisseau spatial. C'est extraterrestre... Et si vous voulez mon opinion, c'est ces deux types aux commandes qui ont tout rendu possible," racontait Sembello dans Signed, Sealed, Delivered: The Soulful Journey of Stevie Wonder, la biographie de Wonder par Mark Ribowsky. Cependant, selon Sembello, l'entourage de Stevie l'a poussé à retirer le crédit à Margouleff et Cecil.
Du point de vue de la Motown, c'était compréhensible - La Motown voulait montrer Stevie comme un génie solitaire, tout-puissant et surdoué, c'était aussi très bon pour son aura d'activiste. Pour beaucoup, Stevie était devenu un héraut de l'engagement pour les droits civils pendant les années 70, et pour la Motown (surtout pour le responsable publicitaire de la Motown Ira Tucker) inclure Bob et Malcolm pouvait nuire à cette image.
Les crédits de Bob et Malcolm sur l'album sont assez trompeurs - "Programmeurs Moog", "Producteurs Associés", et "Ingénieurs du son" ne reflètent pas tout à fait la réalité. Bob et Malcolm avaient produit cet album aux côtés de Stevie. Dans sa fantastique biographie, Ribowsky parle de contrat oral entre Bob, Malcolm et Stevie, qui incluait Bob et Malcolm dans les ayant droits de Stevie, comme c'était d'usage à l'époque.

"Le tout premier jour, et ça, je ne l'oublierai jamais," se rappelle Cecil [dans le livre de Robowsky], "Stevie nous a dit, 'Je veux que vous soyez directeurs de mon entreprise, oh, et je veux aussi que vous touchiez des droits sur mes albums.'" Ce contrat oral n'a jamais été concrétisé à l'écrit. Pourtant, Bob et Malcolm sont bel et bien responsables de beaucoup des textures qu'on associe avec Stevie Wonder, même si ça n'enlève rien au génie incomparable de Stevie.
Assez démoralisés, et dans l'attente de leurs royalties, Bob et Malcolm préparèrent leur studio pour les sessions suivantes, qui donneront Fulfillingness' First Finale. Ces sessions seront les dernières avec Stevie.
Fulfillingness' First Finale
Fulfillingness' First Finale est le dernier album de l'ère du TONTO. Faisant leur apparition dans des chansons comme "Creepin'", "They Won't Go When I Go", ou "You Haven't Done Nothin'," les sons du TONTO mettent en valeur leur aspect gospel, surtout sur "They Won't Go When I Go." Avec le temps, Bob et Malcolm avaient décidé d'enregistrer le groupe Wanderlove davantage, limitant l'utilisation du TONTO.
Ce fut le premier album de Stevie à atteindre le sommet du Billboard Pop Charts, principalement grâce à l'énorme succès de "Boogie On Reggae Woman." Alors que le succès de Stevie ne cessait de grandir, Bob et Malcolm sentir leur relation avec ce dernier devenir plus distante.
"They Won't Go When I Go", bien que son succès commercial n'ait pas été à la hauteur de "Boogie On Reggae Woman", reste une chanson importante de l'album. Son instrumentation est très épurée, vulnérable, et touchante. Avec seulement un piano, du chant, des chœurs, et le TONTO. Les sons de flûte et d'orgue du ARP résonnent du TONTO et donnent à la chanson une certaine fragilité, un sentiment de mort, et une profonde solitude.
En un sens, cette chanson est l'oraison funèbre des années TONTO - la relation entre Stevie, Bob et Malcolm de la même manière que s'effacent les sons de synthé à la fin de la chanson, relation qui s'est terminée sous la pression de l'entourage de Stevie.
Malcolm raconte sa dernière session avec Stevie, et la manière dont leur relation a changé au cours de celles-ci.
"Ma décision finale a été de quitter Stevie au milieu des sessions de Fulfillingness' First Finale, alors qu'il enregistrait les voix. Il y avait environ une trentaine de personnes dans la régie. Je n'en pouvait plus du bruit, alors j'ai dit à tout le monde 'excusez-moi, est ce que vous pourriez parler moins fort ?' Et Stevie, en entendant ça, me dit, 'Hey, ne parle pas comme ça à mes amis.' Et je me suis dit, notre relation a bien changé. Avant, il n'y avait que nous dans le studio, à faire de la musique, maintenant, il y a tout ce monde qui fait la fête, qui me dérange, qui dérange Stevie, et ils ont plus d'importance ? Je me suis levé, et j'ai dit, 'Peut-être que eux, ils peuvent t'aider à faire ton album', et je suis sorti."
Bob l'imita quelques semaines plus tard, pour des raisons économiques, selon lui. "On pensait vraiment qu'on aurait dû toucher des royalties sur cet album, et il n'était pas d'accord. Ces quatre albums ont été produits par moi, Malcolm et Stevie, c'est ça, la vérité."
Le TONTO reprend du service
Bob et Malcolm reformèrent le TONTO's Expanding Head Band avec l'album It's About Time en 1974, et le duo travailla ensuite avec Quincy Jones, Billy Preston, Bobby Womack, Devo, et Gil Scott-Heron, entre beaucoup d'autres. Malcolm fait encore aujourd'hui de la musique électronique ambient, parfois avec son fils, le DJ Moonpup.
Bien que le trio formé par Bob, Malcolm et Stevie se soit séparé, les deux albums de Stevie qui ont suivit, Songs in the Key of Life et The Secret Life of Plants incluent quelques-unes des 200 chansons que le trio avait composé durant ces quatre années.
L'histoire de Bob, Malcolm et Stevie est mieux racontée par Bob en personne.
"J'aime me dire que c'était comme trois météores dans le ciel, toutes les trois volant au-dessus les unes des autres," raconte Bob. "Et pendant un bref instant, quand les trois météores se croisent, il y a une énorme lumière, comme un flash... Et puis elle s'éteins. C'était comme ça avec Stevie et Malcolm."
Jusqu'en 2003, le TONTO vivait chez Malcolm à Saugerties, New-York. Aujourd'hui, le TONTO est gardé sous sa forme d'origine au National Music Center à Calgary, Alberta, au Canada. Les visiteurs du NMC sont encouragés à créer leurs propres chansons sur cette machine de légende.





