Une histoire de la batterie, partie 1 : l’évolution du tom

Dénué de toute innovation moderne, le tom est l’élément d’une batterie le plus simple : un cylindre sur lequel on vient tendre deux peaux. Le son qui en sort est profond, et il a été utilisé dans un nombre incalculable d’enregistrements plus connus les uns que les autres comme le morceau de Benny Goodman « Sing, Sing, Sing! » ou encore « Come Together » des Beatles jusqu’à « Run To the Hills » d’Iron Maiden.

Au delà de ses débuts timides, la généralisation de l’utilisation du tom est intimement liée avec l’évolution des techniques d’enregistrement et de l’évolution des tendances de la musique tout au long du XXe siècle. C’est certainement la pièce d’une batterie la plus représentative de son époque.

Les balbutiements

Avant que le principe de kit de batterie n’émerge vraiment au début du XXe siècle, les batteurs cherchaient des sonorités clinquantes et staccato qu’on peut entendre sur les enregistrements de l’époque. Les grosses caisses avaient trop de basses et les caisses claires étaient trop puissantes.

Les cloches, les petites cymbales et les woodblocks étaient montés sur le dessus de la grosse caisse. Nombre de ces nouveaux sons avaient pour origine l’Europe et l’Asie dont le fameux tom toms indien.

« Chinese Tom » années 1920-1930

Avec un diamètre compris entre 20 et 35 cm et une profondeur d’une dizaine de centimètres ces percussions étaient composées de coquilles en bois et de deux peaux souvent décorées de peintures traditionnelles chinoises. Des entreprises américaines comme Ludwig et Slingerland commencèrent bientôt à importer des instruments depuis la Chine pour les proposer à la vente à leurs clients américains.

Les cloches et woodblock ne suscitant plus le même engouement auprès des musiciens, les fabricants décidèrent d’agrémenter leurs kits de base avec des toms supplémentaires montés sur des systèmes complexes de rails qui prendront le nom de « console ».

Mais au lieu de créer des toms similaires aux modèles chinois, ils décidèrent de fabriquer des fûts plus profonds (7x12 pouces, 9x13 pouces et 12x14 pouces) arborant la même finition que leurs grosses caisses et leurs caisses claires. Bientôt, les fûts furent équipés de vis à tête carrées permettant au batteur d’accorder sa peau.

Le tom devient incontournable.

Toms accordables Slingerland Radio King des années 40

Dans les années 1930, un batteur du nom de Gene Krupa signa un contrat avec Slingerland Drum Company pour être endorsé par la marque. Il commença à travailler avec l’entreprise sur des améliorations à apporter à leurs produits. Krupa insista sur le fait que ses toms devaient être entièrement accordable à l’aide de cerclages métallique et de vis de tension.

Les plus petits fûts étaient montés sur la grosse caisse à l’aide d’une petite « consolette » et les modèles plus gros étaient posés directement sur le sol. Peu de temps après, quatre pieds réglables virent compléter le fût. Le tom moderne était né.

Ces kits prirent bientôt le surnom de Radio King et devinrent rapidement la référence pour tous les fabricants de batterie bien qu’on trouvera encore chez Ludwig, Gretsch et Slingerland des toms chinois jusqu’à la fin des années 40.

Standardisation et expansion

La fin de la Seconde Guerre mondiale coïncida avec un nouveau changement dans la taille des batteries alors que la radio et les techniques d’enregistrement évoluaient encore et toujours. À cette époque, les kits étaient généralement constitués de 3 ou 4 éléments. Pour la première fois, des changements commencèrent à s’opérer.

Ludwig Rock Duo, 1976

Alors que les premiers batteurs de groupes de rock’n’roll commençaient à adopter les formats 9x13” et 16x16”, les petits groupes de jazz se mirent à utiliser des modèles 8x12” et des 14x14” et choisissaient de les accorder un peu plus dans les aigus.

Mais à partir des années 60, les batteurs commencèrent à expérimenter avec des configurations différentes. Alors que les amplis étaient poussés de plus en plus fort, les batteurs jouèrent sur des batteries plus larges et équipées de plus de toms. Nick Mason, Ginger Baker, et Keith Moon furent les premiers à utiliser des batteries équipées de quatre ou cinq toms supplémentaire et de deux grosses caisses.

L’évolution

Encore une fois, les avancées dans le domaine de l’enregistrement entraînèrent des évolutions dans les kits de batterie de la fin des années 60. Jusqu’à cette époque, la plupart des enregistrements de batterie étaient effectués avec un ou deux micros placés à distance des toms ou des cymbales.

Les microphones devenant de plus en plus fiables et solides, il étaient maintenant possible d’enregistrer au plus près les batteries. Les ingénieurs de studio pouvaient maintenant facilement façonner le son des toms séparément.

Toms Ludwig Single-Headed Melodic

Une méthode d’étouffement du son était souvent appliquée pour casser le sustain des toms et prenait souvent la forme d’un paquet de cigarettes fixé à l’aide d’un ruban adhésif directement sur la peau ou de serviettes (procédé devenu célèbre grâce à Ringo Starr, Geoff Emerick et George Matin pendant les sessions d’enregistrement des Beatles de la fin des années 60).

Peu de temps après, le tom perdra sa peau de résonnance. Hal Blaine commanda un set de sept toms en fibre de verre dépourvus de peau de résonnance au fabricant A.FR Blaemire. Leur couleur vert pâle tranchait avec la finition Sparkling Blue Pearl de son kit Ludwig habituel.

Le son de ces toms devint bientôt une légende et Blaine commanda un second set pour éviter les frais liés au transport à travers tout le pays de ce matériel encombrant. La marque Ludwig décida d’en prendre de la graine..

Ludwig Vistalite Octa-Plus 1979

Ludwig, comme la plupart des constructeurs, a produit des toms dépourvus de peaux de résonnance pour groupe et orchestres pendant plusieurs années. En combinant ces toms avec des caisses claires et des grosses caisses standards, l’entreprise a put créer une toute nouvelle ligne de kit sans avoir à dépenser beaucoup d’argent en recherche et développement. La Octa-Plus était née.

Construit au tour d’un set complet de neufs toms de 6 à 16 pouces, le kit était également accompagné de deux grosses caisses de 24 pouces, d’un tom basse de 18 pouces et d’une caisse claire LM400. Ce nouveau kit deviendra rapidement le standard pour les sessions d’enregistrement modernes. Peu de temps après, Rogers, Premier, Premier et d’autres acteurs majeurs de la fabrication de batterie se mirent à créer des kits similaires.

Plus de puissance

Heureusement, la mode pour les énormes kits s’essouffla et les toms retrouvèrent leurs peaux de résonnance. C’est sous l’influence de batteurs comme John Bonham, Mitch Mitchell et Buddy Rich que ce retour s'effectuera.

Alors qu’à la fin des années 80, le metal émergeait et que les amplis commençaient à nouveau à être plus puissants, les batteurs cherchèrent un moyen de renforcer de nouveau leur présence sonore. La réponse des fabricants de batterie fut le « power tom ».

Sonor Phonic Plus 1989

Jusqu’à cette époque, la profondeur du tom était comprise entre deux et trois fois le diamètre du fût. Avec le power tom, la profondeur des toms augmenta de 5 à 10 cm. Le résultat, un son plus profond et une attaque plus puissante tout en réduisant le sustain.

Mais cette augmentation de taille entraîna des problèmes pour positionner et monter les toms. Des entreprises comme Sonor et Slingerland produisirent même des fût de 10x10” et de 12x12”.

Des batteurs de heavy comme Nicko McBrain d’Iron Maiden, Lars Ulrich de Metallica et Dave Lombardo de Slayer utilisèrent rapidement le power tom. Mais le son obtenu avec ces toms géants demandaient en contrepartie beaucoup de travail de post-production lors des enregistrements pour obtenir le juste son.

L'embarra du choix

Alors que s’achevait le XXe siècle, les améliorations constantes comme le système Gauger RIMS et le Starcast de chez Tama’s permirent de réduire les problèmes de sustain.

La musique populaire continuait à se diversifier, de nombreux constructeurs se mirent à proposer des kits retros, et des kits équipés de toms plus petits.

Kit Ludwig Legacy Classic

Grâce la prolifération de nombreux sous-genre musicaux, les batteurs d’aujourd’hui utilisent des quantités infinies d’options qu’ils assemblent pour créer des kits qui leur ressemblent. La plupart des fabricants de toms proposent des tailles entre 8 et 18 pouces avec de nombreuses profondeurs différentes.

Les modes passent et reviennent et la plupart des fabricants proposent des configurations typiques des années 50 et 60 comme Ludwig avec leur série Legacy Classic et Sonor avec la série Vintage. Ludwig, C&C et Pearl fabriquent même à nouveau des kits de concert et on peut toujours trouver des power toms fabriqués par DW et Gretsch.

Au final, le tom tom, est devenu un élément indispensable à tout batteur. Même si le kit de batterie actuel n’existerait pas sans la caisse claire et la grosse caisse, nous devons beaucoup à ce petit tom venu d’Asie.

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