Bien utilisée, l’automation se charge des actions les plus redondantes et machinales, nous permettant de nous concentrer plutôt sur d’autres aspects, plus créatifs, d’un projet. Un nouveau logiciel musical nous promet la même chose, utilisant l’intelligence artificielle afin d’aider la composition de musique.
L'Orb Composer d’Hexachords donne les rennes de l’IA aux musiciens, beatmakers, et autres compositeurs. Que vous soyez un musicien débutant, expérimenté, ou rompu à l'art de la composition, le programme offre un panel d’outil permettant de concevoir des idées musicales, de les tester, et d'orchestrer vos arrangements.
Orb vous permet de partir d’un bloc thématique, qui pourra ensuite être arrangé et élaboré. Structures d'Orb Composer utilise la syntaxe des phrases musicales, comme « Question », « Réponse » ou « Réponse basée sur la question », afin de concevoir des motifs et des mouvements. On peut choisir les harmonies parmi la base de données d’accords intégrés, tester la progression d’accords, et facilement identifier ce qui fonctionne ou non.
Contenant une immense palette de sons, en plus d’un grand choix d’instruments d’orchestre, Orb Composer vous permet de rapidement transformer une inspiration en une création sophistiquée.
Tient-on le logiciel de création audio du futur ? Nous avons récemment eu la chance de parler avec Richard Portelli, fondateur et PDG d’Hexachords, et de discuter avec lui des nouvelles méthodes de création musicale, du développement de son produit, et de sa vision de l’avenir de la composition.
Pouvez-vous nous parler un peu de vous-même en tant que développeur et de Hexachords en tant qu'entreprise ?
Je suis Richard Portelli, physicien de formation. J'ai été élève à l'École normale supérieure également dans le domaine de la physique de 2005 à 2010. C'est pendant mes études que j'ai eu l'occasion de réfléchir à la façon d'automatiser certains process de musique un peu redondants. J'ai ensuite travaillé plusieurs années en tant que développeur et chef de projet informatique avant de consacrer à temps sur mon propre projet.
Hexachords est-il votre premier projet de développement de logiciels musicaux ?

Absolument, j'avais déjà commencé à travailler dès 2012 sur ce projet en développant quelques idées. Le lancement de l'entreprise Hexachords France date elle de 2015.
Hexachords Orb Composer propose une Artist Edition et une Pro Edition, parlez-nous de ces deux éditions, de leurs caractéristiques ?
Avec ces deux versions, nous sommes sur deux philosophies différentes. La version Pro, c'est la version ultime qui contient toute la partie orchestrale, toutes les signatures rythmiques, mais aussi de nombreux accords et types d'accords enrichis. Nous allons aussi bientôt intégrer une mise à jour qui va apporter les renversements d'accords à cette version et donc ajouter encore plus de possibilités.
La version Artist est destinée aux personnes qui ne font jamais d'orchestrale, qui travaillent sur des choses plutôt simples d'un point de vue de la composition où il n'y a que des signatures rythmiques en 4/4, des accords majeurs et mineurs diminués. Cette version est également destinée à des musiciens qui travaillent sur la musique pop-rock ou électro. Attention, ce n'est pas une version limitée, destinée aux débutants, c'est plutôt que la version Pro s'adresse vraiment aux compositeurs qui auront une formation plus classique et une utilisation plus complexe des différentes signatures sonores et des outils disponibles.
Ce qui est intéressant, c'est qu'il est possible, en un clic, de passer d'une rythmique 4/4 à 7/8, ou de changer d'accord. Ça permet de vraiment ouvrir de nouveaux horizons à des personnes qui n'avaient même pas forcément ces notions à la base.
Depuis combien de temps travaillez-vous sur le développement d'Orb Composer, et quels types de technologies ont été utilisés en cours de route pour ce produit ?
Le développement a pris six ans si on se base sur les premiers balbutiements au niveau développement du logiciel. Au niveau des technologies nous utilisons deux types d'IA, le « machine learning » qu'on utilise comme moyen pour étudier des patterns de musique entre eux. Ensuite, on vient ajouter une couche supplémentaire qui porte le nom de « système-expert », qui est une branche plus algorithmique, qui permet de simuler la façon dont un compositeur peut composer. Un compositeur va se dire « Quelle est l'orchestration que je vais choisir ? Comment est-ce que je vais réfléchir ? » C'est le but de cette couche d'IA.
Le fait d'avoir choisi d'utiliser ces deux couches distinctes vient du fait que le Machine Learning est en fait une boîte noire. On sait ce qui rentre et ce qui sort, mais entre les deux, impossible de suivre le processus. En gros, on peut demander à créer une musique, mais si on veut plus de violons ou changer quelque chose, en Machine Learning, c'est impossible de par la nature même de la technologie.
Quels types de facteurs sont entrés en compte dans vos décisions de créer Orb Composer ? Quel était le concept de design ici ?
C'est une très bonne question. En fait, nous sommes partis d'une idée qui est assez excitante : pouvoir faire de la musique, à partir de rien. Mais après, s'est posée la question : qu'est-ce qu'on en fait maintenant, à qui c'est destiné ?
Nous avons donc décidé d'en faire un produit à destination des compositeurs. Le concept global était de se positionner à la bonne échelle par rapport à ce qui existe actuellement. Il y a bien sûr des produits comme Cubase avec lesquels on peut tout faire, ce ne sont pas vraiment des outils de compositions, mais il est possible de s'en servir pour composer. Il existe aussi des outils beaucoup plus complexes avec lesquels il est possible de régler des milliers de paramètres au millimètre.
Nous, nous voulions proposer un outil qui proposait moins de contrôles, mais permettait de pouvoir tester très rapidement des idées musicales. Par exemple : le choix des instruments, le mélange des instruments et des articulations, des registres. Nous voulions qu'il soit facile de se dire : « Alors qu'est-ce que ça donne si les violons rentrent mesure 3 et pas mesure 2 ? », et qu'il soit très simple de le mettre en application en quelques clics.
Le logiciel est déjà utilisé de pleins de façons différentes. Certains testent juste des idées, pour trouver des accords, des progressions et repartir de zéro en terme de composition ensuite. D'autres personnes utilisent 90 % de ce que va sortir Orb et vont rajouter ou adapter simplement leur propre mélodie.

Qui a travaillé sur le développement de ce projet ?
De par la particularité de ce logiciel, il n'est pas facile de répondre à cette question. En fait, ce logiciel peut convenir à de très nombreux profils différents. On a par exemple des gens qui veulent se mettre à la musique qui l'achète, dans le logiciel, il n'y a pas de notions de notes, ce ne sont que des paramètres ou des choix musicaux. Orb Composer permet d'expérimenter et d'apprendre par soi-même, de façon ludique.
On a aussi des clients qui enseignent la musique et qui utilisent le logiciel tel un outil pédagogique à destination de leurs élèves. Si on veut illustrer une progression d'accords, on peut le faire directement avec Orb Composer. Enfin, on a beaucoup de compositeurs qui font de la musique à l'image, ils ont des contraintes énormes avec des deadlines très courtes. C'est un gros gain de temps pour eux d'utiliser notre logiciel.
Quelle est la caractéristique qui pour vous est une vraie réussite ?
Pour moi, le point clef d'Orb Composer et notre vrai point fort avec le logiciel, c'est le fait de pouvoir tester des idées musicales de façon instantanée. En un clic, on peut changer de contexte musical.
Qu'y a-t-il dans cette technologie émergente AI / Machine Learning, qui est passionnant pour vous et pour la communauté de la production musicale en général ?
La plupart des compositeurs sont de plus en plus ouverts à la technologie, de plus en plus de gens plébiscite cette façon de travailler. Les mentalités sont en train de changer, l'IA ne remplacera jamais les musiciens. Il suffit de voir ce qu'on fait au niveau du jeu d'échec, les plus grands joueurs se font battre par des IA, mais personne n'a envie de regarder un match entre deux IA comme personne ne veut assister à un concert donné par un ordinateur. La musique d'un compositeur a un contexte, véhicule une émotion qu'une IA n'est pas capable de reproduire.
Qu'est-ce qui différencie Hexachords Orb Composer des autres produits similaires sur le marché, tels que Loopmasters Scaler, et Captain Chords de Mixed In Keys ?
Ces plug-ins fonctionnent uniquement de manière locale. Ils permettent de travailler sur des points particuliers, ils ne donnent pas une vue d'ensemble sur la musique. Nous proposons un outil qui vient créer de mockup à partir d'idées musicales. Ce n'est pas un simple générateur de progression d'accords, on peut créer des blocs de musique, on a la main sur toute l'orchestration.
Qu'est-ce qui déterminera le succès de la gamme de produits Orb Composer ?

Nous sommes vraiment à l'écoute de nos clients. La prochaine mise à jour va implanter de nombreuses suggestions qui nous ont été faites. C'est notre force, d'être capable de réagir rapidement et précisément à une demande. On se concentre vraiment à l'amélioration du produit en priorité.
Qui sont les principaux artistes, compositeurs qui ont été les premiers à adopter ce produit ?
Le premier artiste à avoir testé Orb Composer, c'est Jean-Michel Jarre, avant même les beta testeurs. Il avait une version extrêmement instable. C'est lui qui nous avait directement contactés, il est vraiment très gentil, bienveillant et talentueux. On a eu énormément de plaisir d'échanger avec lui et il fait partie de nos fidèles contributeurs au niveau des améliorations.
Où voyez-vous la composition musicale et de la production dans les 5-10 prochaines années ?
Grâce à ces outils, je pense que de plus en plus de personnes vont se mettre à la musique et à la composition. La musique va changer, mais surtout l'apprentissage en général.
Quels sont les projets Hexachords pour l'avenir ?
On a pas mal d'idée pour ne rien cacher. Ce qui nous tient à cœur, c'est d'embarquer notre technologie dans d'autres univers comme les jeux-vidéos par exemple. Il existe de nombreux ponts entre ces deux mondes, la technologie peut apporter beaucoup aux compositeurs de musique de jeux vidéo. Actuellement, la musique est souvent la dernière roue du carrosse, le fait de pouvoir intégrer une musique créée directement peut donner un sens complètement nouveau à la musique au sein du jeu. Les possibilités sont infinies dans ce domaine.

