La fin des années 60 marqua à jamais un tournant dans l’histoire de la musique rock. Le 17 août 1969 s’achève, dans la boue et les attaques du son de guitare de Jimi Hendrix, le festival de Woodstock. Cinq jours plus tard, les Beatles jouent une dernière fois tous les quatre. Avant la fin de l’année, Hendrix succombe à une overdose et les Beatles se déchirent.
David Bowie
Il ne faut pourtant pas rester focalisé sur les fins les plus tristes. Quelques mois avant ces sombres nouvelles une chose se déroulant dans l’espace allait à jamais marquer le siècle : le 20 juillet, Apollo 11 atterrissait sur la Base de la Tranquillité. Neuf jours avant, David Bowie nous offrait le morceau « Space Oddity » que le producteur Tony Visconti considérait alors comme un moyen de faire entrer de l’argent en pleine fièvre de l’espace. Les deux hommes deviendront bientôt les meilleurs complices de studio.
Beaucoup de leurs secrets de production sont restés inconnus des musiciens et des mélomanes pendant de nombreuses années. Il est vrai que parfois même Bowie ne savait pas vraiment comme tel accident heureux était arrivé lors d’un enregistrement. De nos jours, les informations sont disponibles et nous allons pouvoir découvrir à quoi ressemblait le travail en studio de David Bowie. Voici un rapide aperçu des points clefs.
Le Stylophone
Il y a un son très particulier dans le morceau « Space Oddity » qui semble décoller jusqu’à la stratosphère. Considérant que c’est le claviériste de Yes, Rick Wakeman qui a joué pendant les sessions de Space Oddity, il serait assez facile d’imaginer que c’est un synthétiseur plutôt imposant qui ait été utilisé. La réponse tient pourtant littéralement dans la paume de la main de Bowie. Le Stylophone est un instrument miniature mis sur le marché en 1968 offrant un système de contrôle que l’on peut diriger à l’aide d’une sorte de stylet. La bonne nouvelle : vous pouvez facilement en trouver un d’occasion ou en kit à assembler vous-même. La mauvaise : difficile de dompter l’animal.
l’EQ Trident A-Range
La plupart des sessions de Space Oddity furent réalisées aux studios Trident à Londres. Une fois que Bowie adopta le son de rock heavy que l’on peut entendre sur The Rise and Fall of Ziggy Stardust, l’EQ A-Range de Trident — d’après Softube et Universal Audio qui offrent des plug-ins de la mythique console — devint l’arme de choix du musicien. Cet exemple rappel le fait que David Bowie utilisait le studio comme un instrument à part entière. Cet EQ quatre bandes offrait un son très Anglais, riche en caractère. Si vous cherchez à vous approcher de ce son, le mieux est de vous tourner vers les plug-ins : il n’existe plus que treize consoles Trident sur Terre.
EQ Softube Trident A-Range
Le « Synthi » modulaire AKS
Les visiteurs de l’exposition « David Bowie Is », qui a parcouru le monde en 2014, ont certainement croisé l’EMS AKS Synthi que l’on entend en particulier sur Heroes et sur Lodger. Construit à Londres par Electronic Music Studios ce synthétiseur ressemble à une valise qui cacherait le panneau de contrôle de la station spatiale internationale équipé d’un arc-en-ciel de boutons de couleur. C’est un instrument maintenant extrêmement difficile à retrouver, il est fréquent d’en voir se vendre plus de 10 000 €, et encore, c’est une affaire ! Celui utilisé par David Bowie a été offert par ce dernier à Brian Eno en 1999.
Visconti et Bowie
Visconti et Bowie ont travaillé ensemble pendant plus de quatre décennies. Voici comment ils ont utilisé l’instrument le plus incroyable de tous pour produire un son de studio incroyable : la voix de David Bowie.
David Bowie - « Heroes »
Sur le morceau « Heroes » Visconti utilisait trois micros placés en face de Bowie, un à cinq mètres et un autre au fond de la pièce à une distance très importante. Visconti ajoutait des gates sur les deux micros les plus éloignés : la voix de Bowie n’était donc pas captée par ces micros au début du morceau. Mais son chant plus fort, que l’on retrouve plus tard dans le morceau, déclenche le deuxième micro tandis que ses hurlements déclenchent eux le dernier des trois micros. Le tout a été enregistré sur une seule piste d’un magnétophone 24 pistes offrant le rendu sonore qu’on connaît maintenant.
La Harptone 12 cordes
David Bowie utilisait une guitare acoustique 12 cordes Harptone qu’il était possible d’admirer lors de la dernière exposition « David Bowie Is ». Ce n’est pourtant pas le plus beau des instruments : la tête de la guitare ressemble à une tête de cheval portant des cornes. Les guitares Harptone étaient fabriquées à Newark dans le New Jersey aux États-Unis. Plus connue pour ses housses de guitares que pour ses guitares, l’entreprise Harptone connut un succès éclair après que George Harrison utilise une version six cordes lors de The Concert For Bangladesh. Bowie, qui a certainement acheté cette guitare à Londres, a utilisé le modèle 12 cordes de chez Harptone sur le morceau « Space Oddity ».
David Bowie a offert aux humbles Terriens que nous sommes des sons venant d’autres galaxies. « Space Oddity » a fait décoller jusqu’à la Lune la carrière de Bowie, consolidée par la sortie de « Starman » trois ans plus tard. David Bowie a laissé une marque unique et à jamais légendaire dans le paysage musical moderne.
Au sujet de l’auteur : Lou Carlozo
Lou Carlozo est un musicien de studio, ingénieur du son et producteur basé à Chicago. Il est aussi un ancien éditeur musical et rédacteur pour Chicago Tribune. En 2013, il a composé et joué la bande originale pour la comédie “We’ve Got Balls,” qui obtenu nombre de récompenses dans les circuits de festivals nationaux.