Les instruments et le matériel de musique qui deviennent vintage en 2021

En fonction des personnes interrogées, le mot « vintage » peut avoir plusieurs sens. Cependant, lorsque c'est dans le monde de la musique que vous l'entendez, vous pouvez être sûrs que l'on parle de l'âge d'or des guitares, des synthés analogiques et du matériel d'enregistrement, qui a vu le jour au milieu du XXe siècle.

Si ce mot s'avère utile pour donner une information sur la valeur et le mojo d'un instrument, il ne nous renseigne pas vraiment sur son âge. Bientôt, ces instruments seront des antiquités, terme pour lequel la définition est quant à elle plutôt claire, il s'agit de tout objet vieux de plus de cent ans.

Sur Reverb, nous qualifions de vintage tout ce qui a été fabriqué avant 1980, mais, un peu comme une vieille photographie, cette délimitation commence à s'effacer.

En effet, après trente ans, n'importe quel objet peut être considéré comme vintage. Alors nous avons pensé qu'il serait amusant de réaliser un petit aperçu du matériel qui fête ses trente ans cette année.

Ce qui n'était initialement qu'un exercice amusant s'est transformé en une immersion passionnante dans le monde du matériel de musique des années 90, époque de la transition lente et parfois difficile vers les technologies d'enregistrement numérique.

Digidesign Pro Tools

A 1991 Pro Tools and Mac II rig

Eh oui ! Lancé en 1991, le DAW dont le nom est devenu un emblème de cette nouvelle ère de l'enregistrement est maintenant vintage.

Quelques années auparavant, Digidesign avait créé Sound Tools, un logiciel d'enregistrement audio en stéréo qui permettait l'enregistrement de deux pistes audio sur le disque dur d'un Macintosh Apple. Bien qu'impressionnant à l'époque, avec Pro Tools, l'entreprise passa à la vitesse supérieure. En effet, il était alors possible d'enregistrer et de jouer quatre pistes en même temps à partir du connecteur NuBus du Mac II. Peu de temps après, il était possible d'acheter des cartes son qui permettaient d'augmenter les capacités du système pour un total de 16 pistes disponibles.

Pro Tools n'était pas le premier multipiste à enregistrer sur un disque dur, mais parce qu'il fonctionnait sur un ordinateur grand public, c'était l'enregistreur le plus abordable du marché. Grâce à son prix et aux mises à jour majeures qui ont suivi, Pro Tools a attiré de nombreux adeptes et s'est construit une solide réputation dans l'industrie musicale.

Le premier tube à être entièrement produit sur ordinateur ne vit le jour qu'en 1999, il s'agissait de « Livin’ la vida loca » de Ricky Martin, et à ce moment-là, Pro Tools s'était nettement amélioré.

Ce qui est amusant, lorsqu'on y repense, c'est que ce premier système financièrement « abordable » coûtait bien plus de 10000 dollars (en 1990). Le logiciel Pro Tools et l'équipement hardware coûtaient environ 6000 dollars, auxquels il fallait ajouter le prix du Mac II, autour de 5000 dollars, et le prix des éventuelles cartes et interfaces qui coûtaient plusieurs milliers de dollars chacune.

L'Alesis ADAT

An Alesis ADAT recorder

Avec toutes les limitations liées à l'enregistrement sur ordinateur, on peut facilement comprendre pourquoi l'enregistrement analogique était toujours la norme au début des années 90.

Tout au long de la décennie précédente, on retrouvait des enregistreurs numériques innovants (et très chers) comme le X-80 de chez Mitsubishi et le 24 pistes PCM-3324 de chez Sony dans les studios professionnels orientés vers le numérique, les véhicules d'enregistrement mobile, et chez des stars de la musique comme Stevie Wonder et Frank Zappa.

Plutôt que d'enregistrer sur un disque dur, ces machines enregistraient sur des bandes numériques. Mais bien que le nombre de pistes disponibles et leur flexibilité étaient intéressants, les prix restaient très élevés. L'X-80, produit d'entrée de gamme, coûtait déjà 25000 dollars et le prix du PCM-3324 de chez Sony s'élevait à 150000 dollars.

C'est dans ce contexte qu'Alesis annonça son multipiste Alesis Digital Audio Tape (ADAT) au NAMM de janvier 1991. En enregistrant l'audio numérique sur des cassettes S-VHS grand public, l'appareil, avec son grand nombre de pistes, offrait un avant-goût du futur à de nombreux amateurs et studios d'enregistrement.

Les enregistreurs ADAT (à ne pas confondre avec les enregistreurs DAT de l'époque qui utilisaient des cassettes numériques plus petites) pouvaient enregistrer jusqu'à 8 pistes sur une seule S-VHS. En connectant plusieurs appareils ADAT entre eux, on pouvait obtenir des systèmes d'enregistrement à 16 ou 24 (voire plus) pistes.

Même si le prix de lancement des multipistes ADAT atteignait les 3995 dollars, en comparaison des prix à six chiffres des options alternatives, l'offre commençait à se démocratiser. Et si vous souhaitez mettre la main sur un enregistreur ADAT vintage, il ne vous en coutera aujourd'hui qu'une centaine d'euros sur le marché de l'occasion.

L'Akai MPC60II

Akai MPC60II
Photographie : Sketchnoids Boutique

La MPC60, toute première MPC, était le fruit d'une collaboration entre Akai et Roger Linn. Elle vit le jour en 1988, quelques années après la faillite de la société de Roger Linn (qui a créé la LM-1, la LM-2 LinnDrum et la Linn9000).

Il suffit de jeter un coup d’œil aux drum machines précédentes pour comprendre à quel point la MPC a changé la donne en matière de design, en plus d’apporter des évolutions au niveau du son et des fonctionnalités. Les contrôleurs midi à 16 pads et les workstations orientées beatmaking disponibles aujourd’hui sont toujours très proches du design de la MPC. Retrouve-t-on les touches fines qui claquent sous les doigts, un peu comme sur une calculatrice, de la Linndrum dans le matériel moderne ? Non, pas vraiment.

La MPC60II, lancée en 1991, se basait sur le fonctionnement interne du modèle précédent en y ajoutant des améliorations cosmétiques et ergonomiques. Le design de la MPC a été repris d'innombrables fois par Akai et Linn, par Akai seul, ainsi que par de nombreux fabricants d'instruments de musique.

Tout comme l’immortelle Stratocaster dont le design est repris chaque année, la MPC est devenue un classique. Et tout comme les premières Strats, les premières MPC sont devenues vintage.

Le JD-800 de chez Roland

Roland JD-800

La musique électronique, résolument tournée vers le futur, fait parfois preuve d'une certaine nostalgie. Il suffit d'observer le marché actuel pour s'en rendre compte. On y retrouve de nombreuses rééditions et émulations de synthés analogiques, et même un certain engouement pour l'Eurorack, instrument qui demande tout de même de « mettre les mains dans le cambouis » avec la réalisation de patchs que l'on découvre au gré des expérimentations sonores.

Le Roland JD-800n'est pas un synthé analogique, c'est un synthé numérique de l'espace dont les sons et la puissance ont perduré. Son prix sur le marché de l'occasion, bien que sujet à des fluctuations, s'est maintenu durant toutes ces années.

Lancé en 1991, l'un des attraits principaux du JD-800 était sa synthèse sonore, inspirée de l'analogique. En offrant une interface de programmation plus facile, Roland invitait ses utilisateurs à abandonner les banques de presets de synthés comme le D-50 ou le DX7 de chez Yamaha, et de revenir au sound design. Sur les archives en ligne du site mu:zines, on retrouve la critique du synthé réalisée par Julian Colbeck pour Sound on Sound en 1991 :

Lorsque j'ai commencé mes chroniques sur les synthés à la fin des années 70, je me souviens que nous nous amusions, avec mes collègues, des différences de perception entre les guitaristes et les joueurs de synthés lorsqu'il s'agit de leurs instruments. « Imagine quelqu’un avoir la larme à l’œil pour son MiniMoog ou son Jupiter 8 ! » disait-on. Eh bien sûr, c’est exactement ce qui est arrivé. Maintenant, alors qu’on fixe nos écrans, qu’on se promène dans les presets, les plus anciens d’entre nous repensent au bon vieux temps, lorsque les disques étaient faits par des musiciens, et lorsque les synthés étaient couverts de séduisants sélecteurs, potards et faders.

Aujourd'hui, l'allusion au « temps où les disques étaient faits par des musiciens » est elle-même un peu dépassée, cependant, ce passage met bien en valeur ce qui distingue le JD-800. Parce qu'il ne demande qu'à être programmé, le JD-800 nous renvoie à l'époque où le design sonore était réalisé sur les synthés analogiques. Et maintenant, alors que la vie suit son cours, c'est le JD-800 qui nous met la larme à l'œil.

La EVH Signature de chez Ernie Ball Musicman

Ernie Ball Music Man EVH Signature

La Wolfgang d'Eddie Van Halen est l'une des guitares signature les plus faciles à reconnaitre, et son histoire est aussi passionnante que surprenante.

Pour commencer, comme nous l'avons expliqué dans notre article « Wolfgang Saga », la guitare a été fabriquée par trois marques différentes. De plus, elle n'avait pas de nom lorsqu'elle est sortie sous l'appellation très sobre « Eddie Van Halen Signature », qui fut ensuite raccourcie avec EVH, avant d'adopter le surnom « Wolfgang ».

Lancée en 1991 par Ernie Ball Music Man, la guitare signature aux performances remarquables était le fruit d'une étroite collaboration. Comme il le dit à l'époque « J'aimais la guitare que je jouais avant, mais j'ai conçu celle-ci... Il y a une grande différence. »

La guitare, au look marquant, a été conçue avec des instructions très claires : peu de fioritures, pas de caractéristiques inutiles, et une blague bien placée. En effet, l'unique potard, appelé « tone » était en réalité un potard de volume.

C'était le début d'une nouvelle ère pour Eddie. En 1992, Van Halen et Sammy Hagar remportèrent le prix du clip de l'année avec « Right Now » aux MTV Video Music Awards. La collaboration entre Eddie et Ernie Ball Music Man prit rapidement fin, la marque continua de vendre le modèle sous le nom d'Axis, tandis que Peavey prit la relève pour travailler sur la nouvelle Wolfgang.

Les Danelectros de Jerry Jones

Jerry Jones Danelectros

Lorsqu'on y repense, le marché de la guitare vintage en 1991 était bien différent de celui d'aujourd'hui.

Bien sûr, il y avait déjà des fans de Teles et de Les Pauls des années 50 et 60, mais c'était une époque où des groupes comme Sonic Youth et Nirvana pouvaient trouver des guitares comme les Jazzmasters, Jaguars et Mustangs des années 60, alors considérées comme moyennes, en allant chez le prêteur sur gages. Bien sûr, on ne considère maintenant plus ces guitares comme moyennes, et si par chance, vous tombez sur l'une d'entre elles et l'achetez pour quelques centaines d'euros, alors c'est l'affaire du siècle.

Vers la fin des années 80 et le début des années 90, lorsque Jerry Jones commença à fabriquer des guitares basées sur les modèles classiques de Danelectro, c'était considéré comme une nouveauté. À propos du NAMM d'hiver en 1991, Jim Washburn écrit, pour le Los Angeles Times, qu'il y avait tellement de Superstrats « dernier cri », « qu'il était devenu impossible de les distinguer. »

Et Jones expliquait à Washburn pourquoi ses guitares plaisaient :

« Je pense que, malgré le grand nombre de fabricants de guitares, il n'y a pas tant de choix que ça. Tout le monde reprend les mêmes modèles en y ajoutant quelques modifications », racontait Jones, « Je pense que c'est une réaction normale, le retour à quelque chose de plus simple. Et nous vendons de la joie, vous n'imaginez pas le nombre de personnes qui marchent, se figent, regardent et sourient jusqu'aux oreilles lorsqu'ils voient ces guitares. »

Washburn l'a surnommé la « Silvertone-isation » du marché, une tendance résolument années 60 qui a commencé à séduire des musiciens comme Los Lobos, Leo Kottke et Jimmie Vaughan. Aujourd'hui, ces marques rétro ne constituent qu'une des nombreuses catégories du marché du neuf au style vintage. Et plus de 30 ans plus tard, peut être qu'on verra un nouveau constructeur fabriquer des clones des Danelectro de Jerry Jones.


Bien d'autres instruments sortis en 1991 auraient mérité de figurer dans cet article, comme la toute première Roland SPD ou les nombreux effets au format rack qui proliféraient encore à l'époque. Et vous, quel est votre avis sur le matériel qui devient « vintage » cette année ? N'hésitez pas à le partager avec nous.

Si vous ne connaissez pas encore les archives mu:zines, elles ont numérisé et publié des revues de matériel de musique des années 80 et 90. Vous pouvez consulter leur site et même envisager un don. Il s'agit de ressources incroyablement utiles et divertissantes pour les passionnés de matériel de musique.

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