Quels instruments les Beatles ont-ils utilisés à Hambourg ?

The Silver Beatles (1960). Credit: Michael Ochs Archives / Stringer

Il y a soixante ans, au mois d’août 1960, les cinq membres des Beatles chargeaint un minibus Morris prêt à partir pour Hambourg. John Lennon, 19 ans, George Harrison, 17 ans, et Paul McCartney, 18 ans étaient là. Stu Sutcliffe, 20 ans, bassiste recruté plus tôt dans l'année, et Pete Best, 18 ans, batteur tout juste enrôlé en vue de la redoutable résidence de deux mois assurée par leur manager, Allan Williams, étaient également présents. Allan était aussi le propriétaire du minibus.

Hambourg se vantait à l'époque d’avoir une scène musicale animée dans les bars, les clubs et les strip-joints qui se concentraient dans une rue appelée la Reeperbahn. Aucun des membres du groupe n'était encore sorti du Royaume-Uni, et l'excitation était grande alors qu'ils installaient leur matériel sur le toit du minibus. John, fidèle à lui-même, avait récupéré son passeport le jour de leur départ.

Leur voyage à Hambourg en 1960 était le premier d’une série de trois grandes sessions de travail effectuées au cours des années suivantes. Les clubs de la ville imposaient de longs sets pour que la clientèle puisse boire et danser, et cette exigence allait rapidement transformer le groupe de jeunes débutants en une machine de guerre prête à tout, même à une renommée mondiale.

Les Beatles sur scène à Hambourg, 1962.

Hambourg Partie 1, 1960

Les guitaristes des Beatles s’étaient déjà fait la main sur différents modèles de guitares avant leur voyage en Allemagne. Comme la plupart des jeunes de leur âge, ils avaient tous commencé avec une acoustique bon marché. La première guitare de John était une flattop Gallotone Champion, George était passé d'une flattop Egmond/Rosetti à une archtop Hofner President, et Paul avait débuté avec une archtop Zenith Model 17.

Une publicité Futurama tirée du catalogue Selmer de 1959.

Rapidement, ils s'étaient mis à l’électrique. George avait essayé d’ajouter un micro sur sa President, mais cela n'avait pas fonctionné. En 1959, il échangeait donc sa guitare contre une Hofner Club 40, une guitare à corps creux équipée d’un seul micro et fabriquée en Allemagne. La même année, John achetait une Club 40 à crédit au magasin de musique Hessy à Liverpool.

Paul avait essayé d’ajouter un micro à sa Zenith, mais avait vite abandonné l'idée. Durant l’été de l’année 1960, il s'était rendu lui aussi chez Hessy, s’était engageait à verser dix shillings par semaine et était ressorti avec une guitare Rosetti Solid 7 deux micros, fabriquée par Egmond aux Pays-Bas. Le style de Paul, gaucher, lui permettait de jouer sur sa Solid 7 « à l'envers ».

Mais retournons au minibus. Les Beatles ont fini de charger leur matériel pour Hambourg. Paul a emporté sa Solid 7, John sa Club 40, et George sa nouvelle guitare.

George s’était rendu chez Hessy à la fin de l’année 1959, et avait versé un acompte de 10 £ pour une nouvelle guitare et un nouvel étui, acceptant de payer 16 shillings par semaine (environ 1,90 € à l'époque) pour son contrat de location-vente. Il s’agissait d’une Resonet Grazioso solidbody électrique fabriquée par Dřevokov en Tchécoslovaquie, une copie européenne d'une Stratocaster rapportée au Royaume-Uni par Selmer, rebaptisée Futurama.

Stu avait rejoint le groupe en janvier en tant que bassiste. Poussé par les autres membres du groupe, il avait dépensé une partie de l'argent gagné à un concours de peinture dans la caution d’une nouvelle basse Hofner 500/5(devinez dans quel magasin ?). Stu a chargé sa basse sur le Morris aux côtés des autres guitares, d'un kit Premier et d'un trio d'amplis Selmer, Elpico et Watkins. Ready to rock !

Durant leur séjour en Allemagne, le groupe trouve le temps de dépenser une partie de leurs Deutschmarks. Stu avait investi dans un ampli Gibson GA-40, un combo qui deviendra bientôt celui de George. Et John avait acheté une Rickenbacker 325 de 58, un modèle présent dans les magasins de Hambourg depuis un certain temps, mais bien différent de ce que l’on pouvait trouvait en Angleterre à la même époque.. John qualifiera la 325 de « plus belle guitare au monde », et cette première Rickenbacker des Beatles ne sera pas la dernière.

Une publicité Vibrolux tiré du catalogue de 1958

John avait aussi acheté un ampli, un Fender Vibrolux, et était ainsi devenu le premier Beatle à posséder un duo des plus enviables : une guitare américaine et un ampli américain. « Vous devez imaginer qu'à l'époque », a déclaré George à la BBC, « nous sortions de Liverpool pour la première fois, et n’importe quelle guitare américaine nous semblait sensationnelle. Faute de moyens, nous n'avions eu que des guitares très bas de gamme jusque-là. Mais je me souviens très bien du jour où John a eu cette Rickenbacker... »

Le premier voyage des Beatles à Hambourg fut chaotique : plusieurs expulsions, Stu qui décida de quitter le groupe afin de rester en Allemagne avec sa petite amie...Mais le rythme de travail effréné leur avait permis d’atteindre un niveau de jeu élevé en très peu de temps.

Hambourg Partie Deux, 1961

Au moment où les Beatles partent pour leur deuxième séjour de trois mois en Allemagne en avril 1961, ils ont commencé à jouer régulièrement au club Cavern de Liverpool, et Paul a modifié sa Rosetti en basse à l’aide de quelques cordes de piano. À Hambourg, Stu est revenu jouer de la basse.

Rosetti Super Solid 7 1960. Photo :Albert's Collection.

John a apporté sa Rickenbacker 325 et son Fender Vibrolux, George sa fidèle Futurama et son ampli Selmer Truvoice, Stu son Hofner 500/5 et son ampli Gibson GA-40, Pete a joué sur son kit Premier et Paul est passé au piano. Ils ont été rejoints pour quelques concerts par leur ami Tony Sheridan, qui jouait sur une flattop électrique Martin D-28E. Les Beatles ont d’ailleurs enregistré quelques morceaux à Hambourg avec lui pour le label Polydor.

Le retour de Stu fut éphémère. Et la Solid 7 de Paul était dans un tel état de délabrement que c'était à son tour de partir à la chasse aux guitares dans les rues de Hambourg. « Sauf que nous n'avions pas de bassiste », m'a dit Paul. « Tout le monde s'était retourné vers moi. « Il vaut mieux que ce soit toi, alors. » «J’étais un peu dépité. John ne l’aurait pas fait, il aurait dit : « Non, vous plaisantez, j'ai une nouvelle Rickenbacker ! » Je n'avais plus de guitare, et je jouais du piano sur scène à l'époque, donc je ne pouvais pas vraiment dire que je voulais être guitariste. »

Paul avait fini par trouver son bonheur dans un magasin de Hambourg. « J'ai vu cette basse en forme de violon dans la vitrine, l’Hofner », dit-il. Paul achète donc une Hofner 500/1 hollowbody pour gaucher, au modèle Electric Bass de Gibson. Ce sera la première de ses deux basses violin Hofner. Ce sont elles qui définiront plus tard son identité sur scène.

Les Beatles se produisant à Hambourg, 1962.

Hambourg, Partie Trois, 1962

La dernière visite du groupe à Hambourg a lieu au début de l’année 1962, alors que le groupe se trouve en pleine mutation. Les Beatles ont un nouveau manager tenace, Brian Epstein. Celui-ci leur avait fait passer une audition avec Decca au début de l'année et leur avait fait mettre des costumes-cravates. Cette fois-ci, ils partent à Hambourg en avion. À leur arrivée, ils apprennent avec stupeur la mort de Stu trois jours plus tôt des suites d'une hémorragie cérébrale. Il n'avait que 21 ans. Heureusement, Brian leur annonce une bonne nouvelle, EMI a signé le groupe.

Le club où ils se produisaient à Hambourg leur mettait à disposition un backline d'amplis Fender. Le groupe avait apporté avec eux leurs instruments, ainsi que les nouveaux haut-parleurs « Coffin » de Paul, fabriqué sur-mesure par le guitariste des Big Three, Adrian Barber. John avait sa Rickenbacker 325 et Paul sa basse Hofner 500/1, mais entre-temps, George avait acquis une Gretsch Duo Jet de 1957.

Il avait achetée sa Gretsch à Liverpool de la main d’un marchand marin qui l'avait lui-même achetée neuve à New York. Le marin en voulait 90 livres, mais George n'en avait que 70 sur lui. Il avait donc signé une reconnaissance de dette pour le reste de la somme (qu’il n'a jamais versée). « C'était ma première vraie guitare américaine », a dit George à Dan Forte dans Guitar Player, « et je vais vous dire, c'était une guitare d'occasion, mais j'en ai pris grand soin. J'étais très fier de la posséder. »

De retour en Angleterre, les Beatles ont repris un rythme effréné jusqu’à la fin de l'année 62, enchaînant les dates de concerts et l’enregistrement de leurs deux premiers singles pour EMI. Hambourg leur a servit de tremplin pour atteindre l'objectif suprême. Et quel était-il ? John expliquait au magazine Playboy : « À l'époque, quand on se sentait un peu découragé, je criais : « Où allons-nous, les gars ? » Les autres membres du groupe répondaient : « To the top, Johnny », avec un accent américain. Et moi, je disais : « Où est-ce que c'est, les gars ? Et ils disaient : « To the toppermost of the poppermost ! »


À propos de l'auteur : Tony Bacon écrit sur les instruments de musique, les musiciens et la musique. Ses livres comprennent The Ultimate Guitar Book et Paul McCartney : Bassmaster, et il est l'éditeur du Beatles Gear d'Andy Babiuk. Tony Bacon vit à Bristol, en Angleterre. Plus d'informations sur tonybacon.co.uk.

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