Batteur iconique, sauvage, et à la personnalité complexe ; Keith Moon a sans cesse innové et poussé les limites de l'instrument durant ses 17 années passées derrière les fûts. Fidèle aux batteries Premier, il joua sur de nombreux kits dont la configuration évolua au cours de sa carrière. Retour sur son parcours et sur les kits qu’il utilisa au sein de The Who de 1965 à 1978.
Une vie sans concessions
Né à Londres en 1946, et issue d'une famille modeste, Keith John Moon montre rapidement un intérêt pour la musique. Mauvais élève, il est décrit comme un enfant hyperactif et plutôt solitaire. Après des débuts au bugle et à la trompette, les parents de Keith lui offrent une batterie pour son 14eme anniversaire. Fasciné et passionné par l’instrument, la batterie lui permet à la fois de d'exprimer ses émotions, mais également d'évacuer son trop-plein d'énergie. Il apprend d’abord en autodidacte puis prend quelques cours deux années plus tard avec le renommé Carlo Little, batteur talentueux et autodidacte réputé pour être « the best and loudest drummer » de cette époque à Londres.
À force de travail et d'acharnement, Keith Moon se forge un style et un son unique. En 1962, il intègre son premier groupe de rock « The Escorts », puis rejoint rapidement « The Beachcombers », un des groupes de reprise les plus populaire de Londres. En 1964, il auditionne pour les Who en remplacement de Doug Sandom, et obtient le poste juste avant l'enregistrement de leur premier single. Son sens du showmanship, et son style unique poussent les autres membres du groupe à booster leurs prestations scéniques, forgeant ainsi le style et la notoriété du groupe. Groupe aux multiples et singles et récompenses, les Who sortent 8 albums avec Keith Moon entre 1965 et 1978, et enchaînent les tournées en Europe et aux USA avec succès phénoménal.
En plus d'être comme possédé sur scène, Keith Moon était souvent excessif en dehors. Durant les tournées, Keith Moon était passé spécialiste dans l’art de la destruction de chambres d’hôtel. Il détruisait même régulièrement ses kits à la fin des concerts, ce qui devint une forme de signature. Moon passait également une bonne partie de son temps libre à faire la fête, et sa consommation de drogue et d'alcool n'ont cessés d'augmenter tout au long de sa carrière. Son style de vie devint vite problématique tant au niveau de sa santé qu'au niveau professionnel et le mena à sa perte à seulement 32 ans. L'ironie du sort est qu'il fut retrouvé mort par overdose des médicaments qui étaient censés l'aider à lutter contre son alcoolisme.
Les Kits de Keith Moon
Durant sa carrière, Keith Moon joua sur de nombreuses batteries. Bien que Batteur emblématique de l'écurie Premier, il joua sur différentes marques selon les périodes ou les occasions telles que Ludwig, Slingerland, Trixon ou encore les kits en Acrylique Zickos. À mesure que les années passaient, les kits de Moon grossissaient a vu d’œil passant ainsi de 4 à 15 fûts entre 1961 et 1978. Petit tour d'horizon des kits les plus marquants de sa carrière.
1961-1965 I Premiers Kits
La première "vraie" batterie de Keith Moon était une Premier "55" Outfit acheté en 1961 en finition Blue Pearl avec une grosse caisse de 20", un tom de 12" et un tom basse de 16". Entre 1964 et 1965, il suit la mode Ludwig, et joue coup sur coup sur deux kits Ludwig Super Classic. Le premier kit est en finition Black Oyster Pearl et comprend une grosse caisse de 22", un tom de 13", un tom basse de 16", et la célèbre Ludwig LM400 en guise de caisse claire. Le second Kit à des dimensions similaires, mais Keith y ajoute un second tom basse de 14" et opte pour une finition Silver Sparkle.
1965-1967 I De la Simple à la Double Grosse Caisse
En novembre 1965, Moon signe chez Premier avec qui il restera fidèle jusqu'à la fin. Il reçoit alors un magnifique kit en bouleau en finition Red Sparkle ; avec une grosse caisse de 22", deux toms basse de 16", deux toms de 14" et une caisse claire Premier "2000" en 14"x5,5".
En Juin 1966, Keith Moon fut un des premiers batteurs de rock à ajouter une seconde grosse caisse à son kit. Il souhaitait avant tout être au premier plan et ne pas passer inaperçu au fond de la scène. L'idée de cette seconde grosse lui aurait été soufflée par Ginger Baker, batteur de Cream qui en avait commandé une pour sa Ludwig (information controversée…). Quoi qu'il en soit, il commande alors chez Premier un autre kit en Red Sparkle et en ajoutant une grosse caisse, un troisième tom de 14" et un troisième tom basse de 16"à sa configuration initiale. Cette configuration inédite pour l’époque marqua les esprits et Keith Moon resta dès lors abonné à la double grosse caisse et aux grosses configurations.
1967-1973 I Le "Picture of Lilly Kit" et autres kits premiers
Suite à son premier kit en double grosse caisse, et toujours en quête d'extravagance, Keith Moon commande en 1967 un kit au look unique : le "Picture of Lilly Kit". Ce kit en bouleau reprend les mêmes spécifications que le précédent (2xGC 22"; 3x TB 16"; 3x T 14") mais la finition est unique et peinte à la main. On y retrouve dans un esprit psychédélique, un mélange de peintures de nus (photo de « Lilly »), de logos des Who et la désormais célèbre phrase : "Keith Moon. Patent British Exploding Drummer". Il y aurait eu trois ou quatre exemplaires commandés à Premier et la fabrication aurait pris environ six mois. Véritable œuvre d’art, ce kit est sans nul doute le plus célèbre utilise par Keith Moon. Il fit d’ailleurs l'objet d'une réédition par Premier en 2006 baptisée "Spirit of Lilly kit" et vendu dans les 5000 $.
Entre 1968 et 1973, Keith Moon utilisera deux autres kits aux dimensions similaires à celui-ci, mais dans des coloris plus classiques: un kit en finition Champagne Silver entre 1968 et 1970, et un kit en finition Black, mais cette fois-ci en Acajou entre 1970 et 1973.
1967-1973 I Les kits Démesurés !
En 1973, Keith Moon passe encore un cap dans la démesure, il ajoute plusieurs toms de concerts à son kit déjà bien fournit et opte désormais quasi systématiquement pour l'utilisation de deux énormes gongs de 30" et 36" derrière lui. Sa batterie comporte alors deux grosses caisses de 22", deux tom basse de 16" et 18" sur sa droite, une timbale de 22" sur sa gauche, trois toms de 14", et au dessus quatre toms de concert (sans peaux de résonance) de 13", 14", 15", et 16". Il aura deux kits en Acajou dans cette configuration, en finitions Black et Gold.
Il aura par la suite un troisième kit encore plus fourni ; avec en plus deux autre toms de concerts 10" et 12" et une seconde timbale (occasionnel) ; le tout en finition Cream / White. Cette batterie est spéciale car Keith souhaitait du hardware en plaqué or mais Premier l'a convaincu que la longévité serait réduite, et ils optèrent pour du cuivre. Ce kit a été ensuite donné par Keith Moon à Ringo Starr avec qui il était très bon ami. Ce dernier l’offrit plus tard son fils Zak Starkey qui l'utilisa sur scène, et elle fut acheté aux enchères par Hard Rock Café en 1992.
Enfin, le dernier kit notable de Keith Moon fut celui utilisé pour l'enregistrement de "Who are You" en 1978 au studio Ramport (Studio personnel des Who). Pour cet enregistrement, il n'opte que pour une grosse caisse, mais toujours autant de toms: une caisse claire, deux toms basse, trois toms medium et 10 toms de concert. Par ailleurs, les toms (classiques) et la grosse caisse étaient équipés du système "Resonator" de chez Premier. Les fut "Resonator" avaient la particularité de disposer disposaient d'un "second" fût interne en bouleau masquant la visserie du hardware et visant à augmenter la projection.
Et les Cymbales de Keith?
Bien que fidèle a Premier pour ses kits, les goûts de Keith Moon en matière de cymbales étaient plutôt aléatoires. Il choisissait ses cymbales en fonction du moment et de ce qui était disponible. Au cours de sa carrière, il joua quand même principalement sur Paiste séries 2002, Giant Beat et Formula 602; mais aussi sur Zildjian. Il signa même un endorsment chez Zildjian à la fin de sa carrière. Au niveau diamètres, utilisais des hi-hat de 14", des crashs généralement en 18" ou 20" et des ride en 20".
Il y a tant à dire sur cette légende de la batterie. Source d’inspiration pour bon nombre de batteurs, Keith Moon restera dans les mémoires tant pour son jeu et sa démesure, que pour ses kits légendaires.